D'abord, dissipons un malentendu : c'est signé Nick Mason, mais ça n'a rien à voir avec Pink Floyd. Si c'est ça que vous cherchez, passez votre chemin, car Nick Mason n'intervient ici que comme batteur et producteur. Sachant cela, toutes les compositions de ce disque sont de la pianiste jazz fantasque Carla Bley, et 7 des 8 titres sont chantés par la voix unique et sublime de Robert Wyatt, en un mariage vraiment réussi. De la fantaisie, beaucoup de second degré, de dérision (lisez les textes), faisant parfois penser à Zappa, l'ajout des cuivres puissants des excellents musiciens de Carla Bley, Gary Windo, Gary Valente, Mike Mantler et Howard Johnson, plus la basse de Steve Swallow et les guitares de Chris Spedding, assurent un mélange étonnant, original, avec un charme particulier. Sans compter que la production est soignée, précise, donnant une belle dynamique à l'ensemble...
Les titres sont variés : comiques comme "Boo to you too", sorte de rock'n'roll assez mauvais, il faut bien le dire (le moins bon morceau de l'album), ou "Can't Get My Motor to Start", bien meilleur et déconnant, ou "Wervin'", ou encore le slow "I try", dont la musique est sombre et belle, tandis que les paroles sont vraiment drôles (un monsieur qui ne cesse de dire qu'il essaie, mais qui apparemment n'y arrive pas); de bons morceaux avec beaux breaks de cuivres comme "I was wrong", ou "Siam" à l'ambiance asiatique... On trouve même une parodie de Pink Floyd dans "Hot river", où Mason fait du Mason typique, où Spedding fait très bien Gilmour, où le pianiste fait presque du Wright, où la voix de femme nous refait le coup de "Great jig in the sky" (dans "Dark side of the moon"), le tout dans une belle envolée lyrique sur des paroles absurdes. Une réussite du genre, à la fois puissante, émouvante et pleine de second degré. Et puis il y a surtout un bijou rare, un petit chef-d'œuvre qui s'inscrit directement dans la lignée de l'exceptionnel "Rock bottom" (l'un des dix plus beaux disques des années 70) : "I'm a mineralist", une merveille racontant les goûts d'un pervers pour les minéraux ("I'll make love to minerals as long as i can, and in fifty years i'll be a jaded old man")... A lui seul, ce morceau justifie l'achat du disque.
Bref, si vous aimez l'humour en musique, l'originalité, les chorus de cuivres efficaces, la voix de Wyatt, vous devriez y trouver votre compte, à condition de laisser vos préjugés de côté... Signalons d'ailleurs que, pour les amateurs de Wyatt, sachant que ce dernier n'a pas fait d'album complet entre "Ruth is stranger than Richard" (1975) et "Old rotten hat" (1985), on trouve enfin dans "Fictitious sports" (1981) le chaînon manquant entre ces deux périodes du chanteur...