Un Essentiel amazon.fr
Lentement, paisiblement, sans tapage, Ben Harper s'est transformé en artiste-culte. Presque en gourou d'une génération. Dès ce deuxième album paru en 1995, il marquait son territoire artistique. Il balisait ainsi un champ musical plutôt très étendu, alors que le corps de son style se trouvait autour du blues. Mais ce
Fight For Your Mind ne peut se résumer aux douze mesures. Tout au plus les guitares qu'il joue renvoient-elles à l'héritage des anciens. Mais tout le reste, et son message à cet égard est édifiant, dépasse largement du corset bluesy. On trouve, au contraire, dans ce CD l'exigence d'un musicien en quête d'expériences. De rencontres fertiles. Il va utiliser les percussions africaines et asiatiques. Il va réunir les choristes américains. Il va aussi proclamer sa foi en Dieu et en l'amour. Mais malgré ses intentions pacifiques, Ben Harper manie l'overdrive quand les circonstances l'exigent. Alors les guitares grincent et la batterie pilonne. Jusqu'à ce qu'à nouveau, tablas et congas installent, avec les cordes devenues acoustiques, le climat d'une nouvelle confidence, plus folk cette fois. C'est d'ailleurs dans cet entourage chaud et complice que le chanteur paraît le plus chez lui. Pour ses textes révoltés, aussi pour ses rythmiques puissantes mais sobres, Ben Harper évoque Marley. Et dans l'étirement largué de "God Fearing Man", on pense aussi à un Neil Young un peu mystique. C'est vrai que cet homme est "différent"...
--José Ruiz
Critique
Ben Harper amplifie sa guitare, laisse libre cours à son chant et lâche un album plein, puissant et définitif. L’Americain est dorénavant à la tête d’un groupe dont le bassiste Juan Nelson est toujours à ses cotés avec un son rond et puissant.
Fight for your mind fait défiler les perles dès les trois premiers titres :
«Oppression», brûlot aussi court que percutant,
«Ground on down», weissenborn hurlante et voix jouissive, et
«Another lonely day», une des ballades les plus touchantes qu’il ait écrite. La messe est dite, le couronnement peut commencer. Ben Harper prouve qu’il peut avoir la finesse de l’archer ou l’efficacité du canon. Il peut se faire subtil et tendre ou tellement bouillonnant qu’il ne contient plus les notes qui s’échappent de son instrument et de sa gorge. C’est par son jeu qu’Harper surprend le plus, son toucher de guitare jouée slide donne une couleur presque unique aux morceaux. Il fait ainsi perdre la raison avec le solo tourmenté que n’arrive à contenir les presque 12 minutes de
«God fearing man». Il ajoute à cela des textes universels, pouvant concerner les cœurs les plus fragiles ou les militants les plus ardents. Et il atteint presque la grâce avec la caresse de
«Power of the gospel» accompagné d’un quatuor à cordes. Indispensable.
Raphaël Richard - Copyright 2012 Music Story