Maintenant que Maud-Elisa Mandeau, alias Le Prince Miiaou, obtient un bout de notoriété, un début de reconnaissance, en particulier avec l'accueil de ce troisième album dont elle a contrôlé elle-même chaque détail, il pourrait bien y avoir ce qui va avec, les moues, les sceptiques, les piques des professionnels du dénigrement. Cette fois, ils auront tort. Le Prince Miiaou, c'est une fille qui tient debout toute seule, qui dit ce qu'elle a à dire sans demander la permission, introvertie mais audacieuse. Derrière l'attitude (pas de rock sans attitude), les influences dont disputeront les plus calés, il y a les morceaux, substantiels, construits et souvent évidents dans leur progression (I don't know my name). ll y a le soin artisanal qui fait mettre au bon endroit les touches instrumentales (sa guitare, le violoncelle, le timbre de harpe sur We both wait). Il y a les maladresses désarmantes. Il y a une forme de nécessité intérieure, car on voit bien que si elle pouvait dire tout cela autrement, elle n'aurait pas à passer des heures dans le studio à chercher, douter, trouver. Travail sur la musique, travail sur soi. Le disque a le caractère résolu et par endroit euphorique des gens qui remontent une pente qu'ils avaient naguère descendue. L'anglais est ici parfaitement approprié; mais elle dit et chante le français (J'ai deux yeux et d'autres morceaux antérieurs) d'une manière telle qu'on aimerait qu'elle y revienne de temps à autre. Au final, on est partagé entre le souhait qu'elle trouve durablement son public et l'envie égoïste de garder l'adresse pour soi, loin, très loin des remises de prix jeunes talents, des têtes de gondole, des palmarès, des classements des meilleures ventes.