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Fils unique [Poche]

Stéphane Audeguy
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Description de l'ouvrage

3 janvier 2008 Folio (Livre 4654)
«Je me nomme François Rousseau. Celui qu'hier on a pensé honorer en le couchant entre Descartes et Voltaire dans la crypte du Panthéon naquit sept ans après moi... Puis-je prétendre te mieux connaître que ceux qui t'enterrèrent hier ?»

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Descriptions du produit

Extrait

Hier la nation française tout entière a porté les restes de Jean-Jacques Rousseau dans la crypte de l'église Sainte-Geneviève, reconvertie en Panthéon. La foule était considérable, comme la gloire de ce grand homme. Mais dans cet immense concours de peuple pas un être ne savait que l'illustre Jean-Jacques avait un frère ; que ce frère assistait à la cérémonie ; et que c'était moi.
La République sait reconnaître ses penseurs, mais c'est quand ils sont morts. Ainsi elle épargne aux vivants la peine de les lire. Si je m'étais manifesté devant le Panthéon, si j'avais révélé mon identité par quelque preuve éclatante, on m'aurait fêté, adulé. La foule aime que les grands hommes soient affligés d'une petite famille : cela frappe les humbles, et console les médiocres. Mais je n'ai rien dit. J'écris ce récit sans l'espoir d'être lu, et sans la crainte de ne l'être pas. J'ai décidé de m'y adresser à toi, Jean-Jacques; je dirai plus loin pourquoi.
J'avais dix-huit ans quand je te vis pour la dernière fois. J'en compte maintenant près de quatre-vingt-dix : il y a bien des choses qu'il faut que je te dise. Parler aux morts, c'est un privilège de vieillard ; et cet âge en a peu. Pourquoi me priverais-je d'invoquer ton fantôme, quand aujourd'hui le premier venu s'y croit autorisé et t'invoque, en Christ de la Révolution ? Depuis des années on donne à des enfants ton prénom. On trouve l'image de ta sainte face sur des assiettes peintes. On te prête même d'admirables dévouements de mères patriotiques, des conversions miraculeuses aux intérêts supérieurs de la Nation, des vocations de botaniste ou de musicien.
Naturellement, plus personne ne te lit. À quoi bon ? Il paraît que notre Révolution a fini d'accomplir tes rêves. --Ce texte fait référence à l'édition Broché .

Revue de presse

Stéphane Audeguy avait publié un premier roman, La Théorie des nuages, en janvier 2005, chez Gallimard. Très vite, on s'était passé le mot : il fallait lire et faire lire cet inconnu né en 1964, enseignant en histoire du cinéma, qui avait la tête dans les nuages mais la plume bien trempée dans le réel...

Le doute n'était pas permis. On salua donc une intelligence d'autant plus vive qu'elle ne servait pas de faire-valoir à l'auteur mais était mise au service de son sujet... La Théorie des nuages connut un logique succès. Ce livre contenait comme une promesse, celle que tient Fils unique, deuxième étape d'un projet romanesque concerté et réfléchi...

L'auteur de Fils unique a une manière bien à lui d'envisager le temps. Son habileté - mais parlons plutôt de son art - consiste à insérer le temps romanesque, dans l'histoire et ainsi à animer celle-ci par la fiction. Il est arrivé qu'un tel procédé conduise à une réduction catastrophique de la réalité. Ici, elle est au contraire exaltée, approfondie. Il y a aussi, chez Audeguy, la volonté de ne pas laisser à une place trop convenue et immobile les idées de génie et de gloire. L'homme du commun, le premier venu, personnage minuscule perdu dans la foule, a lui aussi beaucoup à dire. Ce n'est pas le moindre mérite de l'écrivain que de nous en convaincre. Avec une allégresse, comme on dit, communicative. (Patrick Kéchichian - Le Monde du 25 août 2006 )

Allons-y pour le scoop : Jean-Jacques Rousseau avait un frère aîné. La nouvelle vous paraît minime ? Peut-être, mais un écrivain ne laisse pas filer ce genre de détail. Il le palpe, l'éprouve, le transforme en idée qui, lorsqu'il s'agit de Stéphane Audeguy, accouche nécessairement d'un grand livre. Voici donc les confessions de François Rousseau, frère de l'ombre, filou, viveur, dont l'histoire officielle ne retiendra que son année en maison de correction, qui permit à Jean-Jacques de se croire «fils unique». (Erwan Desplanques - Télérama du 9 Septembre 2006 )

[...] Voici donc un roman historique mené à un train d'enfer. Mieux qu'au cinéma, c'est tout le XVIIIe siècle qui défile «à hauteur d'homme», entre Genève et Paris, avec ses odeurs d'aisselles et de bouse, ses maisons de correction, ses échoppes encombrées, ses curiosités, ses automates, ses geôles, ses échafauds, ses diligences, ses escrocs, ses catins. Sans oublier sa grande Révolution théâtrale, si compliquée, broyeuse de destins, arracheuse de têtes («comme des ailes de papillon»), pleine de crispations identitaires, de supplices inédits. Et qui a fait de Jean-Jacques Rousseau, pourfendeur de l'injustice, un maître incompris par excès d'enthousiasme, une icône, une idole, une relique !
[...] Audeguy prête sa plume et son humour à ce mystérieux frère prodigue, dont il se plaît à faire un mauvais sujet à l'intelligence vigoureuse, libertin patenté, aventurier de l'art de vivre, subtil observateur des êtres (surtout féminins) et des événements (mouvementés) de son temps, disciple de Lucrèce, fabricant de vits artificiels, compagnon de Sade à la Bastille («Je crois aujourd'hui à la douceur infinie, à la tristesse de Sade»), bref un esprit généreux, sans illusions ni fausse modestie, aux yeux grands ouverts. [...] (Catherine David - Le Nouvel Observateur du 7 septembre 2006 )

Jean-Jacques Rousseau avait un frère aîné. Les Confessions l'expédie au début, en un paragraphe. Son éducation ayant été négligée, François Rousseau «prit le train du libertinage, même avant l'âge d'être un vrai libertin. [...] Je ne le voyais presque point : à peine puis-je dire avoir fait connaissance avec lui : mais je ne laissais pas de l'aimer tendrement, et il m'aimait, autant qu'un polisson peut aimer quelque chose. [...] Enfin mon frère tourna si mal qu'il s'enfuit et disparut tout à fait. Quelque temps après on sut qu'il était en Allemagne. Il n'écrivit pas une seule fois. On n'a plus eu de ses nouvelles depuis ce temps-là, et voilà comment je suis demeuré fils unique.» Les deux derniers mots annoncent et inspirent le second roman de Stéphane Audeguy, auteur en 2005 de la Théorie des nuages. On y retrouve son enthousiasme pour un monde passé ouvert à l'aventure, une nostalgie légère et affamée de plaisir, la greffe soigneuse d'une inventivité sur une érudition : son imagination fouette sa mélancolie..
De François Rousseau, on sait peu de chose : né le 15 mars 1705, il est placé en maison de correction à 13 ans, devient apprenti horloger, ne peut exercer le métier de son père à l'issue de sa formation, fuit et disparaît. Selon Jean-Jacques, la dernière lettre de son frère à sa famille est envoyée de Fribourg en 1739. On ne sait ni où il vit, ni ce qu'il fait, ni quand il meurt. S'appuyant sur les phrases de Rousseau et sur ce vide, Stéphane Audeguy imagine le reste. Les angles morts fournissent des idées de roman...
François Rousseau est, dans Fils unique, le révélateur enjoué des passions et des événements du siècle. «Libertin avant l'âge», comme l'écrivait Jean-Jacques, il voyage à la marge de lieu en lieu, de métier en métier, à travers le sexe et l'amour des femmes, sans négliger celui des hommes...
En prison, François devient l'ami intime du marquis de Sade. C'est lui qui, peu à peu, donne le sens du livre. Non seulement parce que François préserve et sauve le manuscrit des 120 Journées de Sodome, mais surtout parce qu'il comprend et s'approprie la morale pessimiste et libertaire du marquis : «Je crois aujourd'hui à la douceur infinie, à la tristesse de Sade, et je dis que si nous l'avions seulement lu, entièrement et profondément lu, nous nous serions engagés peut-être sur la voie qui mène à la fin de toute peur.» Ecrire ce divertissement fin (et début) de siècle est une façon de l'emprunter. (Philippe Lançon - Libération du 21 septembre 2006 )

Loin de l'esprit des Confessions qui, selon le frère «caché», «puait la sacristie et l'encens refroidi», la vie de François se nourrit notamment aux plaisirs du libertinage. L'un des moments les plus savoureux de Fils unique se déroule à la Bastille, où le narrateur côtoie - et même plus - un marquis pervers bien connu : Sade. Ceux qui avaient aimé le précédent roman de Stéphane Audeguy, La théorie des nuages, seront peut-être un peu déçus, au début. L'originalité de l'auteur se serait-elle dissoute dans l'académisme du sujet ? Mais, bien vite, le classique «roman historique» se révèle un trompe-l'oeil ! Loin des écrits «à costumes», le jeune romancier signe un habile jeu de miroirs littéraire, et restitue judicieusement les idées et la logique de la Révolution. Bref, ça ira ! (Baptiste Liger - Lire, octobre 2006 )

De même que François Vallejo avait réussi, l'an dernier, avec Le Voyage des grands hommes, à imaginer un road-movie dont les protagonistes étaient trois figures des Lumières, Audeguy a gagné son pari littéraire : Fils unique est à la fois un pastiche et un jeu de miroirs très érudits, un regard moderne et impertinent sur Jean-Jacques, mais aussi un roman malin, sautillant, excitant. La preuve que l'exigence n'empêche pas la fantaisie, tout au contraire. (Olivier Le Naire - L'Express du 9 novembre 2006 ) --Ce texte fait référence à l'édition Broché .

Détails sur le produit

  • Poche: 336 pages
  • Editeur : Folio (3 janvier 2008)
  • Collection : Folio
  • Langue : Français
  • ISBN-10: 2070349136
  • ISBN-13: 978-2070349135
  • Dimensions du produit: 17,4 x 10,2 x 3,2 cm
  • Moyenne des commentaires client : 3.5 étoiles sur 5  Voir tous les commentaires (4 commentaires client)
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Par Jean for Joel TOP 50 COMMENTATEURS
Format:Poche|Achat authentifié par Amazon
l'autobiographie de François le frère disparu de Jean-Jacques né 7 ans avant le grand homme, choyé comme un petit prince dans la calviniste Genève par les nombreuses femmes de son entourage -son père avait disparu à sa naissance- "Je grandissais dans cette odeur de rut sans la reconnaître encore ; elle resta le parfum d'une partie de ma vie." p28 puis son géniteur revient de son exil volontaire, son frère nait, sa mère meurt, il rencontre dans les rues où il fait les quatre cents coups un comte français érudit, pédéraste et athée qui ferra son éducation d'homme libre, après quelques femmes qui comblent ses sens, après un apprentissage en horlogerie -à 18 ans- il doit fuir Genève après un mauvais coup pour la France, après quelques longues étapes en province où il trouve toujours l'assistance d'une matrone bienveillante, il parvient à Paris à 25 ans, il travaille pour une tenancière d'une maison très spéciale, use de ses différents talents au service d'un homme riche, chaste et bon vivant qui est l'organisateur suprême des plaisirs de ses amis, mais cette collaboration le conduira malgré lui à être embastillé pendant de longues années jusqu'à un certain 14 juillet 1789, il deviendra l'ami de Sade -locataire aussi de cette prison inique-, décrit comme un grand seigneur, boulimique, drôle et génial de liberté vraie, puis après la révolution dont il deviendra toujours malgré lui un emblème, il tombera enfin amoureux d'une femme de 69 ans -il en a plus de 90- féministe avant l'heure, luttant pour que les femmes soient reconnues comme les hommes, tenant une maison de bain Mais qui finira par agacer les nouveaux dirigeants qui lui feront couper la tête... il nous décrit comment cette révolution s'est dévoyée très rapidement, trahissant Jean-Jacques Rousseau et les autres philosophes qui l'ont fomentées Et il se laissera mourir à la toute fin de la période sanglante de la Terreur. Écriture pondérée d'un homme du XVIIIe autodidacte, athée et peu remarquable mais bien sympathique, cela se laisse lire.

en juin 1794 Robespierre fait organiser une fête à l'Être suprême :

"Cette fête du blanc virginal était surtout celle des enfants ; une véritable pédomanie s'était emparée des nouveaux maîtres de France. Les sections avaient convoqué toutes les femmes enceintes, qu'on avait placées au premier rang, et qui faisaient peine à voir : certaines accouchèrent dans la première maison venue. On avait distribué à la jeunesse une circulaire d'un dénommé David qui stipulait quand les enfants devaient sourire. Et ils souriaient, comme des déments : on voyait que ceux qui n'avaient pas dix ans n'osaient pas pleurer, et se mordaient les lèvres. Pour les adolescents, on avait choisi de les faire défiler en armes ; ils en étaient fiers comme qui n'a pas connu la guerre. Avec tout cela la fête de l'Être suprême disparaissait sous des tomnbereaux de fleurs, partout, sur le sol, aux fenêtres, sur des chars allégoriques. Cette abondance produisait une odeur écoeurante, douceâtre, qui trouvait un équivalent visuel dans des kyrielles de rubans de teintes pâles, des roses mignards, des bleus timides. (...)" p310/311
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1 internautes sur 1 ont trouvé ce commentaire utile 
4.0 étoiles sur 5 Le XVIIIème siècle d'aujourd'hui 4 décembre 2010
Par Meilcour
Format:Poche
Ecrire le XVIIIème siècle est une gageure. Certains (Sollers, Del Amo) s'y frottent sans toujours réussir, sans éviter de le trahir. Mais quand S. Audeguy se frotte à des mythes aussi immenses que Rousseau, Sade, le libertinage, la Révolution, etc., c'est une vraie réussite. Pourquoi ? Peut-être parce qu'Audeguy a le culot de pousser loin l'aventure, jusqu'à emprunter au siècle des Lumières son écriture et sa forme fétiche (le roman-confessions à la première personne), sans pour autant livrer un simple pastiche. François Rousseau, le frère maudit, devient ainsi l'interlocuteur de ce siècle si proche et en même temps si loin avec lequel le lecteur du XXIème siècle peut dialoguer, se frotter à des savoirs et à de la pensée "laissée à tout son libertinage", comme dirait Diderot, sans s'ennuyer une seule seconde.
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1 internautes sur 1 ont trouvé ce commentaire utile 
4.0 étoiles sur 5 Faux-frère 27 octobre 2010
Par CéCédille TOP 1000 COMMENTATEURS
Format:Poche
Rousseau (Jean-Jacques) a eu un frère ainé, François. Disparu dans la nature. Les "Confessions" en font brièvement mention. Stéphane Audeguy l'a imaginé, devenu très vieux et racontant sa vie. Il a pleinement vécu son siècle (le XVIIIème) en aventurier libertin, amoureux de la vie. Il a croisé une foule de personnages pittoresques de tout sexe, connus ou inconnus. Ce roman est un régal. Plein de sève et de rebondissements picaresques et érotiques. Il s'inscrit aussi dans l'Histoire, celles des Lumières, doutant de Dieu pour mieux croire en l'Homme. L'Homme à qui la Révolution, tant espérée, va faire un si mauvais sort. Une lecture gouleyante, hautement recommandable !
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