l'autobiographie de François le frère disparu de Jean-Jacques né 7 ans avant le grand homme, choyé comme un petit prince dans la calviniste Genève par les nombreuses femmes de son entourage -son père avait disparu à sa naissance- "Je grandissais dans cette odeur de rut sans la reconnaître encore ; elle resta le parfum d'une partie de ma vie." p28 puis son géniteur revient de son exil volontaire, son frère nait, sa mère meurt, il rencontre dans les rues où il fait les quatre cents coups un comte français érudit, pédéraste et athée qui ferra son éducation d'homme libre, après quelques femmes qui comblent ses sens, après un apprentissage en horlogerie -à 18 ans- il doit fuir Genève après un mauvais coup pour la France, après quelques longues étapes en province où il trouve toujours l'assistance d'une matrone bienveillante, il parvient à Paris à 25 ans, il travaille pour une tenancière d'une maison très spéciale, use de ses différents talents au service d'un homme riche, chaste et bon vivant qui est l'organisateur suprême des plaisirs de ses amis, mais cette collaboration le conduira malgré lui à être embastillé pendant de longues années jusqu'à un certain 14 juillet 1789, il deviendra l'ami de Sade -locataire aussi de cette prison inique-, décrit comme un grand seigneur, boulimique, drôle et génial de liberté vraie, puis après la révolution dont il deviendra toujours malgré lui un emblème, il tombera enfin amoureux d'une femme de 69 ans -il en a plus de 90- féministe avant l'heure, luttant pour que les femmes soient reconnues comme les hommes, tenant une maison de bain Mais qui finira par agacer les nouveaux dirigeants qui lui feront couper la tête... il nous décrit comment cette révolution s'est dévoyée très rapidement, trahissant Jean-Jacques Rousseau et les autres philosophes qui l'ont fomentées Et il se laissera mourir à la toute fin de la période sanglante de la Terreur. Écriture pondérée d'un homme du XVIIIe autodidacte, athée et peu remarquable mais bien sympathique, cela se laisse lire.
en juin 1794 Robespierre fait organiser une fête à l'Être suprême :
"Cette fête du blanc virginal était surtout celle des enfants ; une véritable pédomanie s'était emparée des nouveaux maîtres de France. Les sections avaient convoqué toutes les femmes enceintes, qu'on avait placées au premier rang, et qui faisaient peine à voir : certaines accouchèrent dans la première maison venue. On avait distribué à la jeunesse une circulaire d'un dénommé David qui stipulait quand les enfants devaient sourire. Et ils souriaient, comme des déments : on voyait que ceux qui n'avaient pas dix ans n'osaient pas pleurer, et se mordaient les lèvres. Pour les adolescents, on avait choisi de les faire défiler en armes ; ils en étaient fiers comme qui n'a pas connu la guerre. Avec tout cela la fête de l'Être suprême disparaissait sous des tomnbereaux de fleurs, partout, sur le sol, aux fenêtres, sur des chars allégoriques. Cette abondance produisait une odeur écoeurante, douceâtre, qui trouvait un équivalent visuel dans des kyrielles de rubans de teintes pâles, des roses mignards, des bleus timides. (...)" p310/311