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Traduit pour la première fois dans sa version intégrale, Finnegans Wake, œuvre rebelle, s'exprime par épiphanies, telles que définies dans Ulysse - c'est-à-dire ces instants où les mots comme des photons reconstituent la figure d'interférence, visible seulement dans sa frange brillante. Pour certains, la révolution est à peine suffisante. Ils partent, hantent les asiles dont ils font une bibliothèque, habitent les prisons où flotte le feu de leurs rêves, créent un pseudo-langage qui n'est plus entendu mais reconnu de leurs seuls semblables. Errants jusqu'à l'inconsistance, telle la révolutionnaire russe Alexandra Kollontaï : «... Comme j'aimais Kuusa en septembre... l'odeur des pins et, comme des toiles d'araignées tendues entre eux, les nuages chargés de rosée, au matin.»Philippe Lavergne.
Biographie de l'auteur
James Joyce est né le 2 février 1882 à Rathgar, dans la banlieue de Dublin. Dès 1897, il commence à écrire. Il entre à University College en 1898, et c'est en 1900 qu'il fait un véritable début littéraire, avec un article sur Ibsen. En 1920, James Joyce s'installe à Paris sur les conseils d'Ezra Pound. Il fait la connaissance d'Adrienne Monnier, de Sylvia Beach, qui publie Ulysse en 1922, de Valery Larbaud, qui le présente au Tout-Paris littéraire. En 1940, il se réfugie à Zurich, où il meurt le 13 janvier 1941.
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Jeune say kissons les pèrçons nages, nickelé cet "insect" qui hante le rêve whiskieux d'un "publican" de Howth, et ris, hein, d d'Anna Livia... Bon, arrêtons de chercher à parler joycien, même si c'est un exercice plaisant et très libérateur: Joyce recrée tout le langage (cinquante langues différentes s'entrecroisent) pour exprimer à la façon d'une musique les pulsations rythmées et parfois haletantes d'une vie artistique, qui n'est plus la description mais la restitution d'une sorte de danse intemporelle, qui alterne avec une drôlerie endiablée déchirements et réconciliations, mort et résurrection. "Quand vous ne comprenez pas, lisez à voix haute", conseillait l'auteur. Je n'aurais par contre jamais pensé que cette oeuvre unique soit traduisible... performance réussie, au prix d'une démarche adaptatrice très astucieuse. Preuve que le délire, quand il est bien mené, accède à l'universel.
Finnegans Wake n'est guère réputé lisible. La pirouette habituelle consiste à dire qu'il s'agit de musiques, et qu'il faut entendre le texte pour le comprendre. Soit, mais cette espiéglerie joycienne doit être relativisée. En son temps Michel Butor nous a indiqué des pistes de lectures non seulement possibles, mais finalement assez évidentes, pour peu que l'on se décide à entrer résolument dans ce roman ; car il s'agit bien d'un roman (il y a d'ailleurs dans FW plus d'éléments romanesques que dans Ulysses). Donc, si c'est lisible, cela doit être traduit, et l'avait été trop partiellement du vivant même de Joyce, qui avait mis la main à ces fragments de traductions. Bravo donc à P.Lavergne de s'être ainsi lancé dans l'expérience, et l'avoir aussi bien fait. L'idéal serait que tous les vingt ou trente ans, quelqu'un propose sa traduction, histoire de faire vivre ce livre, qui n'a rien d'un mythe littéraire.
Finnegans Wake, un livre pour le moins déroutant en chemin de travers. Proche tout contre de l’illisible d’un point opaque regardant le narratif. Par contre quel délice de saveurs dans les jeux coquins de mots affables. Ça n’arrête pas sans le poisson. Un vrai déluge sur la neige blanche des pages. Un tourbillon remontant qui, s’il vous emmène et marne, ne vous laissera pas à pas indifférent. Pas vraiment une lecture pour la plage arrière au soleil, mais plutôt pour de longues et soyeuses soirées divers, à savourer en savourant ensenvoutant son ouisky, lentement, en se redisant relisant chaque phrase reluisante, une fois, deux fois, trois fois… A l’infini. Et puis se réveiller.