Filmés en 2001 par la BBC, avec une qualité d'image moyenne (pas de haute définition), ces deux ballets de Stravinsky peinent diversement à me convaincre.
De « L'Oiseau de Feu », il existe une magnifique reconstitution de la production originale de 1910 (costumes, décors...), disponible en DVD dans trois versions au moins : Théâtre Marinsky avec Valery Gergiev à la baguette, spectacle filmé au Châtelet « The Kirov celebrates Nijinksy », et film « Return of the Firebird » (voir mes commentaires sur ces trois DVD). Le spectacle du Royal Ballet, s'il reprend assez fidèlement la chorégraphie de Fokine, est visuellement assez différent. Dans la deuxième partie du ballet, une ambiance orientale, qui serait mieux adaptée pour « Schéhérazade », aboutit à une cacophonie chromatique d'une grande laideur. Et la chorégraphie de cette deuxième partie, trop ordonnée, répond mal à la violence révolutionnaire de la partition.
Dans le rôle de l'oiseau de feu, Leanne Benjamin est très loin de pouvoir rivaliser avec les trois merveilleuses ballerines des versions précitées (Ekaterina Kondaurova, Diana Vishneva, Nina Ananiashvili). Si elle est très souple physiquement, il n'en va pas de même de son style, bien raide par rapport à celui des trois danseuses russes.
Dans le cas des « Noces », le Royal Ballet reste fidèle aux décors et costumes austères créés en 1923 par Natalia Gontcharova, mais c'est l'œuvre elle-même qui a pris un sérieux coup de vieux. Après la révolution du « Sacre », Stravinsky se renouvelle avec une partition d'une grande monotonie mélodique et rythmique, aux antipodes de sa manière précédente, et j'avoue ne guère aimer cette œuvre. (Comme presque toute la maudite musique vocale post-wagnérienne, elle se réduit à un lancinant récitatif.) La chorégraphie de Nijinska était également révolutionnaire, en rupture avec le style brillant de la danse russe. Il en résulte un ballet expérimental, très moderne à l'époque, non sans point commun avec la stylisation du cinéma expressionniste, où les groupes de danseurs forment des figures géométriques souvent d'une grande beauté. L'ennui est que l'œuvre est assez longue, et ce qui séduit au premier tableau n'étonne plus au second, et lasse lorsqu'on parvient au quatrième ! Sans doute n'est-il pas facile de tout reconstruire quand on a fait table rase du passé ?