Encore un de ces disques que l’on n’attendait pas forcément et qui colle le grand frisson. « Fires in distant buildings », troisième album de Gravenhurst, est une merveille, simplement le genre de truc dont on tombe instantanément amoureux, le genre de truc qui fait qu’on se rappelle pourquoi on aime tant la musique : l’émotion. Peu importe le style abordé, tant que le cœur y est, tout y est. Et du cœur, Gravenhurst, ou plutôt Nick Talbot, le maître à penser du « groupe », chanteur multi instrumentiste (il fait quasiment tout sur le disque), en a à revendre. Aidé en cela par Dave Collingwood, préposé à la batterie, ce Talbot nous ballade au gré de ses humeurs, de ses textes poignants dans lesquels on se perd pour mieux se retrouver (celui d’ « Animals » en est le parfait exemple), de ses phrases anodines qui sans y paraître, se révèlent souvent lourdes de sens (« And the magic of stones when taken back home is left on the beach »). La pop de Gravenhurst est sombre, ultra sombre. Parfois minimaliste, et toujours belle, celle-ci explore de nouveaux territoires aux consonances souvent vintages, presque seventies. On surprendra même le groupe à sévèrement plomber quelques riffs sur les dix minutes crépusculaires de « Song from under the arches », amenant alors une électricité supplémentaire à des chansons qui malgré la quasi absence de saturation des guitares possèdent une certaine pesanteur. Naturellement. Une grande douceur également. Une douceur paradoxalement aussi amère qu’enjôleuse faisant de « Fires in distant buildings » une perle de pop sombre et introvertie.