Le répertoire de la flûte s''étend, et voici trois témoignages parmi d''autres du basculement qui met l''instrument au centre et non plus, dans un aimable rôle décoratif, à la périphérie de l''univers musical. On peut déjà féliciter Emmanuel Pahud (commanditaire des trois œuvres) et son éditeur Emi d''aller voir un peu plus loin que Telemann et Jacques Ibert. Le flûtiste le plus en vue du moment n''a pas vraiment besoin de (comme on dit, en prenant un air concerné) « défendre la musique contemporaine » ; en revanche il constitue pour celle-ci un avocat de choix. Ajoutons qu''il ne s''agit pas là de partitions édulcorées qui permettraient à l''auditeur de se dire que finalement, cette nouvelle musique ressemble furieusement à celle qu''il connaissait déjà. Il y a quelques réminiscences ravélo-debussystes dans le concerto de Marc-André Dalbavie (né en 1961), et c''est tout. Pour autant, ce ne sont pas des œuvres hermétiques. Les deux œuvres de Dalbavie, plus douce, et de Michael Jarrell (né en 1958), cette dernière sans doute techniquement très exigeante, plus contrastée et moins aimable, sont indéniablement séduisantes. Sollicité dans toute la gamme de ses capacités techniques et expressives, Emmanuel Pahud montre quel soliste raffiné il est. Au premier abord, j''ai moins aimé la pièce de Mathias Pintscher (né en 1971). Un beau disque, qui gagne à être réécouté, et qu''on peut compléter, en s''en tenant à des œuvres pour flûte et ensemble, avec le concerto de G. Petrassi (chez Stradivarius), bien plus ancien mais splendide, avec l''Aile du Songe, de Saariaho (enregistré chez Naïve), ou avec le concerto de Kalevi Aho par Sharon Bezaly (le disque « Nordic Spell » chez Bis).