Ah ! Comment oublier Secret South ? Car je suis bien d'accord avec ceux qui disent qu'il y avait là un chef-d'oeuvre. Aux premières écoutes, Folklore m'a désorienté, je dirais presque même qu'il m'a déçu. Je croyais ne pas y retrouver ce souffle, LE soufle, unique entre tous, des musiques de 16 horsepower. Sur scène, c'est un peu comme si le territoire américain - je parle de celui, sauvage, des premiers pionniers, des découvreurs du nouveau monde ; je parle de celui qui a plus domestiqué l'homme qu'il ne l'a été par lui - était là avec David Eugene Edwards. C'est le chanteur le plus charismatique que j'aie jamais vu. Même Thom Yorke, même Anton Newcombe, même Tom Barman, ne sont pas aussi captatifs que ce gars-là. Certains ont dit à juste titre qu'il prêchait sa musique plus qu'il ne la chantait. Tout son vécu chante, ou prêche, avec lui, dans cette voix sublime.
Folklore, littéralement, c'est le "trésor du peuple". C'est le sens de la balade de 16 horsepower au travers des décennies et des classiques folk ou country que l'on a oublié. Influences qu'ils partagent, ainsi que quelqu'un l'a souligné, avec le groupe noir désir dont ils sont très proches. Si je vous dis que Folklore est l'une des oeuvres les plus à contre-courant que la musique américaine ait produit, si je vous dis, en ces heures de collectivisme et de bonne humeur affecté, que c'est une musique sombre et que l'on écoutera jamais mieux que seul, si je vous dis que c'est de la musique qui parle à l'âme, est-ce assez ?
Comme cela se passe avec certaines oeuvres, il y a des disques où tout était déjà là, mais qui attendent que l'auditeur ait la maturité suffisante pour être apte à tout reconnaître. Qui laissent à celui qui écoute le temps d'arriver à ce point où il aura une juste vue de l'ensemble. Il est des albums qui vous attendent. J'en connais peu. Folklore est de ceux-là.