Trombone Shorty (Troy Andrews de son vrai nom) est un jeune virtuose gonflé aux amphétamines, un surexcité de la trompette et du trombone (il joue aussi de la batterie...). Bref, un touche à tout qui s'avère être aussi une bête de scène, au point de lever toute une salle surexcitée et chauffée à blanc. Bon, pourquoi pas... Et musicalement, ça donne quoi? Issu des Brass Bands de la Nouvelle-Orléans (fanfares, cuivres), son collectif prétend renouveler le genre en y ajoutant des lyrics, des choeurs et autres textes qui, il faut bien le reconnaître, sont assez "pompiers" (du R'n'B de très mauvais goût avec "Then There Was You", du rap avec
Kid Rock sur "Mrs Orleans" ou encore des soli de slide guitare avec
Jeff Beck sur "Do To Me")... Pour ce qui est de la qualité, l'on songera parfois à cet autre collectif de la Nouvelle Orléans, les fameux
Dirty Dozen Brass Band, mais c'est franchement et nettement en dessous (la musique de Shorty a un côté variétoche non négligeable, pour ne pas dire "assez répulsif"); et puis, disons-le tout de go, les Dirty Dozen Brass Band sont un vrai groupe de la Nouvelle Orléans autrement plus intéressant, un collectif qui joue sans compromis, et même avec des "special guests", ils servent la Musique. Dans "For True", c'est tout le contraire: c'est "admirez-moi et écoutez-moi". De l'ego à profusion... Alors bien sûr, l'expérience reste sympathique et même amusante, mais franchement, ce n'est pas le genre de disque que je retiendrai cette année.
Trop d'effets de manche, trop d'esbroufe, même si je ne remets pas en question le talent des musiciens. Bref, dans ce foutraque de funk-jazz-blues-et j'en passe, si ça fonctionne à l'énergie (c'est bien sûr très communicatif), c'est l'ensemble qui sonne trop F.M.. Au final, un projet à l'américaine, avec ses stars et ses podiums, son base-ball et ses pom-pom girls, ses adolescents attardés et ses cornflakes. Bref, un disque qu'on oubliera très vite. Si de son instrument Shorty tire les notes de sa fougue, le résultat est plus que moyen, pour ne pas dire creux et paradoxalement, malgré ce flot de cuivres et de rythmes, tout ça est bien mou du collier. Encore un enfant gâté (notre star n'a que 25 ans). Bref, c'est le genre de disque et de buzz qui me gonflent un peu. On se dit qu'il faut écouter, y prêter une oreille, ce que l'on finit par toujours faire, mais franchement, dans cette histoire de gros bras (voir pochette), ça casse pas des briques. Pas encore vu en concert. A noter que les sonorités de l'ensemble peuvent aussi rappeler Roy Hargrove et son
RH Factor, parce que mine de rien on est dans la même veine, sauf que, encore une fois - désolé pour les comparaisons - le collectif de RH Factor était plus authentique et sonnait moins variétoche).
Ainsi, les amoureux de fanfares et de majorettes, de Mardi-Gras et d'imaginaires festif superficiels y trouveront leur compte. Les amoureux de variétoche, également. Comment ne pas évoquer aussi
Lenny Kravitz qui fait une courte et brève apparition dans cet album faussement survitaminé ("Mrs Orleans", "Do to Me"). Pardon de me répéter, mais les guest stars n'arrangent rien ici. La musique est plus un medley de jazz et de variétoche, de funk aussi ("For True"), ajoutez une pincée de blues, et même d'afro-cubain. Agitez le tout, et vous obtenez cet opus. On aura beau dire que Shorty et sa troupe la jouent "comme Beckham", avec un dynamisme et un enthousiasme qui aiguisent les nerfs de la danse ("Nervis"), ça ne marquera pas les esprits et encore moins les annales... Par contre le buzz, à coup sûr, gonflera les ventes... Bref, on peut ne pas acheter.