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Certains, sur cette terre, se lèvent chaque jour et, en s'étirant, sourient à la vie. Elle les gâte, ils lui en sont reconnaissants, et la chantent dans ses bienfaits, et quelquefois aussi ses revers. Ceux-là sont les élus. Ils ont tout. Ils sont beaux, inspirés et, comme Caetano Veloso n'ont qu'à ouvrir la bouche pour diffuser autour d'eux un peu de cette sérénité des sages. Caetano Veloso appartient à cette catégorie de bienheureux qui partagent leur bonheur avec nous, et dont chaque don, ou presque, est une offrande inespérée. Avec
A Foreign Sound, l'icône brésilienne rend hommage au répertoire de la musique populaire américaine, à celle du Nord comme à celle du Sud. Et, pour signifier que c'est depuis ce Sud qu'il parle, Caetano ouvre avec un prodigieux "Carioca". Il poursuivra plus loin avec "Feelings", l'inusable scie de Morris Albert, pour émailler tout le disque de rêveries autour des chansons les plus inattendues chez lui. À l'image de sa version "rap" de "It's Allright Ma" de Bob Dylan. N'empêche, Caetano Veloso reprenant Kurt Cobain ("Come As You Are"), ça vaut son pesant de maracas. De quoi défriser les rombières. L'album, avec ses murmures de violoncelle ("The Man I Love") et sa moiteur à fleur de peau est un vrai plaisir.
--José Ruiz
Critique
C’est dans un contexte international troublé et violemment hostile à la politique étrangère des Etats-Unis que Caetano Veloso, animé d’un immuable esprit frondeur, décide d’enregistrer un album entier en anglais.
Vingt-deux chansons plus tard, le constat est imparable : Veloso est un génie, redoutablement intelligent et malin. La conclusion ne se niche pas dans d’impériales versions de standards que nous fredonnons tous sous la douche (
« Cry me a river », un
« Summertime » signé Gershwin ou…
« Come as you are » de Kurt Cobain).
Le constat n’est pas même dans l’application extrême que le Brésilien a mis dans cet enregistrement (sans nul doute l’un des plus ambitieux de sa carrière : lorsqu’on invite l’effervescent Carlinhos Brown, ou l’arrangeur et compagnon de toujours Jacques Morelenbaum, on n’est manifestement pas là pour plaisanter). Et la synthèse ne s’opère pas dans le fait que le ténor prodigieux, riche de plus de quarante années de carrière, s’habille merveilleusement des ensembles coupés par Stevie Wonder (comme
« If it’s magic » est beau !), Irving Berlin ou Cole Porter. Certes, il faut saluer la capacité qu’a le chanteur de donner une identité propre à chacune de ses chansons (passer du
« Diana » de Paul Anka à un
« Love Me Tender » frauduleusement co-signé Elvis Presley, n’est pas si évident que cela) tout en conservant une très élégante et très raffinée unité à l’ensemble. Mais, en fait, la vertu, le parfum de
A Foreign Sound reste que ce disque n’a aucune importance. En effet, lorsqu’un artiste non anglo-saxon enregistre un album en anglais, c’est qu’il tente un hold-up sur le marché international. Mais cela, Caetano Veloso s’en moque : il est une star, n’a jamais fait la cour à l’Amérique, est un écrivain reconnu, et le fondateur de la nouvelle chanson brésilienne. Et donc, comme une sublime récréation,
A Foreign Sound célèbre les retrouvailles (en 1971,
Caetano Veloso était déjà un disque en anglais, mais d’exil) d’un petit garçon émerveillé devant son transistor par les pépites de la musique populaire américaine. En 2004, l’album atteint la deuxième place des classements de musiques du monde. Sans commentaire.
Christian Larrède - Copyright 2012 Music Story