Foreigner est issu du rock progressif. Mick Jones, son leader et guitariste (éventuellement pianiste et second chanteur) jouait au sein de la 4ème, 5ème et 6ème incarnation de Spooky Tooth de 1973 à 1974. Ensuite il émigre à New York, où il rencontre début 1976 un autre anglais illustre : Ian Mc Donald, le multi instrumentiste de King Crimson. Ensemble, ils décident de créer Foreigner avec un autre expatrié anglais : le batteur Dennis Elliot qui s'est illustré au sein de If, groupe de rock progressif cuivré. Les trois « foreigners » recrutent trois new yorkais bon teint : le bassiste Ed Gagliardi, le virtuose des synthés Al Greenwood et surtout l'excellent chanteur Louis Grammatico (alias Lou Gramm), ex Black Sheep. Le premier album, simplement titré « Foreigner », avec sa pochette montrant les musiciens naïvement dessinés (avec des valises désignant les « étrangers »), est une absolue réussite. On ne peut pas dire qu'il s'agisse de rock progressif, et pourtant ce n'est pas encore vraiment du hard FM. En réalité, Mick Jones responsable de l'intégralité des musiques, réussit à condenser en moins de 5mn tous les ingrédients qui rendait le prog passionnant : chant grandiloquent (la voix de Lou est à mi-chemin entre celles de Paul Rodgers et de Steve Walsh), soli de guitare et de synthétiseurs, cassures de rythmes, guitares acoustiques, clavecin, interventions (rares) de flûte et de saxophone. Les chansons sont au nombre de 10 pour 40 mn et toutes excellentes. Les deux premières, « feels like the first time » et « cold as ice », seront des tubes planétaires et c'est l'instrumentation (les volutes de synthétiseurs, et les accalmies subites, les passages pompeux) qui les rendent intemporelles. Dès le troisième titre, la ballade « starrider » chantée majoritairement par Jones (mais lorsqu' arrive la voix de Gramm, on hallucine tellement c'est beau), on découvre une intro de flûte magnifique (bien que fugace) sur des accords de guitare acoustique, puis un accompagnement au clavecin de toute beauté avant que « starrider » culmine à son zénith. Le court et monolithique « headknocker » casse le charme, mais le Fender Rhodes de « the damage is done », ainsi que son changement soudain de tonalité et son pont central nous redonnent le sourire aux lèvres, tout comme « long, long way from home » avec son solo de sax macdonaldien qui me prend aux tripes depuis 28 ans ! Et ça continue de plus belle avec une nouvelle chansons pompeuse à deux voix (la fluette de Mick, la puissante de Lou) : « woman, oh woman ». Foreigner s'énerve un tantinet (et ça fait du bien) sur « at war with the world » proposant un riff rapide et tenace, ainsi qu'une accalmie grandiose, avant de repartir de plus belle : du grand heavy rock ! Une petite ballade country chantée par Mick (« fool for you anyway »), puis le disque s'achève par le très fédérateur « I need you », bien heavy et mélodique à la fois. Pour moi, toutes les meilleures chansons de Foreigner figurent ici.