Dans la lignée des grands classiques psychédéliques, l’originalité de
Forever Changes est de rester atypique. Un album qui fait le pari risqué d’une greffe symphonique et d’arrangements mariachis sur une base de chansons rock et le réussit de bout en bout. Dès l’introduction de
« Alone Again Or », on ne peut résister à ce merveilleux carnaval qui porte Love sur des hauteurs fréquentées par les Beatles et autres Beach Boys.
Fait peu connu, les premières séances sont pilotées par Neil Young qui abandonne la partie en raison de ses occupations avec le Buffalo Springfield, mais dont il subsiste le titre
« The Daily Planet ». Puis Lee et MacLean reprennent le travail avec des musiciens de studio (Billy Strange, Don Randi, Hal Blaine, Carol Kaye), laissant au reste du groupe le temps de répéter les titres en cours pendant tout l’été 1967. Enfin, le résultat est confié aux bons soins de David Angel qui fixe des arrangement de cordes et de cuivres adaptés à chaque titre. Le grand soin entourant toutes ces étapes est perceptible à l’écoute des onze perles finement ouvragées.
Dans cet opus exceptionnel, tout concourt à la perfection : des mélodies fortes, un façonnage orchestral habile et des textes sybillins habités par un Arthur Lee fébrile et rongé par l’acide, au sommet de l’acid-rock (
« Assis sur un coteau / Regardant tous les gens mourir /Je me sens mieux de l’autre côté » dans
« The Red Telephone »).
L’édition parue en 2001 qui recoit un beau plébiscite du public est enrichie de sept titres, princpalement des versions alternatives, un inédit
« Wonder People (I Do Wonder) » et le single
« Your Mind And We Belong Together » / « Laughing Stock » (1968), et d’un copieux livret. Le 15 janvier 2003, Lee recrée le chef-d’œuvre au Royal Festival Hall de Londres, accompagné de Baby Lemonade, donnant lieu à un
Forever Changes Live In Concert aussi fidèle que digne.
Loïc Picaud - Copyright 2012 Music Story