La très grande force de ce Forrest Gump, c'est de nous permettre une relecture de grands moments de l'histoire américaine et du mode de vie américain avec un point de vue complètement neuf, celui d'un homme blanc ayant un QI de 75 venu du fin fond de l'Amérique profonde. Et au-delà des clichés faciles auxquels on s'attend - il est tellement bête qu'il se sent comme un poisson dans l'eau dans l'armée, qu'il fait un très bon joueur de foot américain, un très bon joueur de ping pong - il nous ouvre un nouvel horizon sur la perception des évènements que nous traversons.
Forrest, magistralement interprété par Tom Hanks (et très bien doublé en français), regarde tout ce qui se déroule autour de lui, et fait ses choix d'actions, entièrement au premier degré. Pour tous ceux qui l'entourent, c'est ridicule - ridicule qui culmine quand il montre ses fesses au Président des Etats-Unis. Mais en même temps, il semble toucher à l'essentiel. Les seules choses qui sont vraiment importantes pour lui, c'est l'amour - celui pour sa mère, pour Jenny, même celui pour le lieutenant Dan - et le ressenti des moments qu'il vit. Ce qu'il retient du Viet-nam ? Les moments où la pluie s'arrête et le ciel se découvre, laissant apparaître les étoiles. De son expérience sur un crevettier ? Les moments où il contemple le lever du soleil sur l'océan. De sa course à travers le pays ? Le lac de montagne où le ciel se reflète parfaitement.
Et au contraire, il ne retient pas plus que ça les honneurs de champion de football américain, de héros du Viet-nam, de champion de ping-pong, les plaisirs fugitifs d'une soirée de Nouvel An, les richesses issues de l'entreprise qu'il a fondée...
Alors voilà, à mon sens, Forrest Gump, c'est une façon très bien tournée et d'apparence légère de nous inviter à porter un autre regard sur le monde, et à y chercher ce qui vraiment est essentiel, ce qui raisonne en nous lorsque nous nous affranchissons des bruits de notre intellect. Une merveilleuse leçon que nous donne Robert Zemeckis !