Le mot « événement » est galvaudé dans le monde de la musique, il remplace trop souvent « nouvel album » dans les messages publicitaires.
Forth, qui sort le 25 aout 2008, fait exception à la règle et mérite pleinement l'appellation d'évènement.
Après une séparation tumultueuse de onze années, c'est un des groupes les plus prometteurs et les plus charismatiques des années 90 qui revient avec ce quatrième album. Le groupe reformé avec son personnel original, Ashcroft, McCabe, Jones et Salisbury, a déjà rodé sa cohérence retrouvée sur de nombreuses scènes avant de livrer ces dix nouveaux titres.
La force de The Verve, c'est une capacité à sonner à la fois « actuel » et « classique ». Leurs influences assumées et revendiquées du rock et du psychédélisme des années 70, se marient parfaitement avec leur maitrise du son électronique de ce début de siècle.
« Love is Noise » le 1er simple extrait, se veut comme un successeur à
« Bittersweet Symphony »; il se classe déjà N°4 en Grande Bretagne. La voix de Richard Ashcroft a toujours son trémolo tellement romantique, elle a gagné en gravité et est désormais légèrement voilée. La rythmique abuse un peu du côté rock « héroïque » à la U2/Simple Minds, il est vrai que
« Love is Noise » est calibré pour un impact radio immédiat.
Forth n'est heureusement pas l'album d'un simple. La créativité de The Verve se trouve sublimée, enrichie par les parcours de ses membres durant une décennie.
« Sit and Wonder » est une merveille de chanson où McCabe fait briller sa guitare avec force et finesse,
« Judas » s'inscrit dans la catégorie des ballades intemporelles,
« Numbness » traine aux racines du psychédélisme avec des accents venus en droite ligne de King Crimson et Pink Floyd.
Forth est déjà un album « classique », le digne et inespéré successeur de
Urban Hymns, The Verve sont prêts à affronter Coldplay et les autres prétendants au titre de « meilleur groupe de rock du début de siècle ». Les vocaux éthérés d'Ashcroft sur le final de
« Appalachian Springs » ne donnent qu'une envie, réentendre l'intro de
« Sit and Wonder » et passer
Forth en une boucle de plaisir auditif permanent.
François Alvarez - Copyright 2012 Music Story