Composées entre 1893 et 1896, les "Quatre Légendes" sont pour ainsi dire une symphonie à programme centrée sur les aventures mythologiques du jeune Lemminkaïnen, sorte de Don Juan finlandais qui poursuit les "belles aux cheveux nattés". Il ose enlever la jolie Kyllikki qui lui résiste, et devra accomplir divers exploits pour conquérir la fille de Pohjola : notamment tuer le cygne noir qui hante les eaux de Manala, le Royaume des enfers.
Mais il échoue et finit déchiqueté dans le courant du fleuve, où sa mère retrouve sa dépouille et le ressuscite par un sortilège. Fatigué par ses turpitudes, le héros revient au pays.
L'adaptation musicale par Sibelius de ce cycle emblématique du Kalevala a toujours joui d'une notoriété inégale : il fallut attendre 1934 pour qu'il soit de nouveau intégralement joué, alors que "le cygne de Tuonela" a conquis une célébrité indépendante.
Trop peu de chefs, y compris ceux qui ont abordé le corpus symphonique, se sont risqués à enregistrer les 4 parties de l'oeuvre intégrale.
Les disques de Hannikainen (Melodiya), Kamu (DG), Stein et Jensen (Decca) n'ont hélas pas été réédités à ma connaissance.
Plus récemment, Salonen et Järvi ont laissé d'intéressantes contributions dans les années 1980-1990.
Parmi les versions couramment disponibles, les plus captivantes demeurent celle de Charles Groves et sa Philharmonie de Liverpool (subtil et narratif), et celle de Eugene Ormandy et sa phalange de Philadelphie.
L'orchestre américain déploie une virtuosité sans limite (écoutez le finale débridé !), attisée par des cordes d'une agilité inouïe, habillée par l'opulente parure des vents. Le cor anglais de Louis Rosenblatt exhale une douceur séraphique, presque à contre-emploi du cygne macabre dont il illustre le sillage.
La prise de son, réalisée le 20 février 1978 au Old Metropolitan Opera House, bénéficie ici d'un relief éblouissant !
Quel mélomane refuserait le plaisir de se laisser ainsi griser par ces fragments de légendes nordiques, quand elles sont si brillamment et éloquemment racontées ?
Quant au "Tapiola" gravé par Paavo Berglund à Helsinki, cette lecture cursive (14'52 au lieu de 18'10 pour la précédente version de 1973 avec l'orchestre de Bournemouth) fait saillir les interjections de cuivres sur fond de legato des cordes, et brosse un tableau saisissant, parfois jusqu'à l'abstraction, de cette évocation naturaliste de la forêt carélienne.