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Fra Angelico,
Par
Ce commentaire fait référence à cette édition : Fra Angelico : Dissemblance et figuration (Poche)
Dans le couvent dominicain de San Marco, à Florence, Didi-Huberman observe les célèbres fresques du moine artiste Fra Angelico, peintre du XV°s.Ses fresques religieuses ornent chaque cellule des moines, offrant là une "fenêtre intérieure", à côté des fenêtres donnant sur le dehors. A vocation donc intime, faites pour être contemplées dans la foi, et non pour le grand public, ses peintures attirèrent l'attention du chercheur en plusieurs aspects. Il observe dans plusieurs peintures la présence de "tâches" de couleurs, disposées de façon précise, et visible très clairement dans par exemple le "Noli me tangere", où le Christ ressuscité enjoint à Marie-Madelaine de ne pas le toucher. Ces tâches polychromes ne semblent pas pouvoir être un raté de l'artiste, ni être pour autant être un "abstrait" avant-gardiste. En étudiant leurs couleurs, leurs dispositions, leurs récurrences, Didi-Huberman va émettre la thèse qu'il s'agit là de "figures de la dissemblance", évoquant non pas directement, mais en établissant un réseau de signes, le mystère même du réel. La disposition et la couleur rappellent les stigmates du Christ, sans pour autant représenter son calvaire par la voie directe. Cela rappelle au croyant qui l'observe la douleur même alors qu'il contemple le Christ ressuscité. L' "Annonciation" - l'ange Gabriel venant prévenir Marie qu'elle serait la mère du Christ- est par excellence la figure du mystère de l'Incarnation, mystère originel du christianisme. La place de Marie est donc centrale, elle est le lieu même de l' Incarnation, puisque le Verbe divin est performatif, c'est lorsque l'ange parle que Marie porte alors le Christ, ainsi est-elle souvent représentée enceinte lors des Annonciation. Marie, conçue comme un le lieu de ce mystère, est, bien qu'à la droite du tableau, le centre de l'oeuvre. Ainsi cette fresque, dans le corridor des dortoirs du couvent, était-elle conçue pour être observée en faisant un genoux-flexion, en atteste la position de l'ange Gabriel, là encore performative. Dissemblance et figuration sont les deux entrées par lesquelles l'artiste de la renaissance, tout aussi classique et religieux fut-il, peut effleurer le mystère divin. Et ce moyen demeure inédit pour un peintre du XV°s. Didi-Huberman revisite entièrement l'oeuvre de Fra Angelico, à la fois dans son contexte et dans son originalité. Le propos est profond, accessible et passionnant. Il situe tout ce que l'artiste a de singulier, mais aussi de très historique. La philosophie de l'époque était le thomisme, et la "Somme théologique" de saint Thomas explique comment la seule voie permettant de connaître Dieu ne sera jamais par la voie directe, mais par la "voie négative": si nous ne pouvons savoir ce qu'est Dieu, nous pouvons à défaut nous approcher de ce qu'il n'est pas. A la façon du philosophe, Fra Angelico semble approcher le mystère non en le représentant affirmativement avec son art précis et délicat, mais en approchant, par la dissemblance, là où on peut l'évoquer, le suggérer, sans pour autant l'enfermer dans la rigueur du sens et du signifiant. Aidez d'autres clients à trouver les commentaires les plus utiles
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