Présentation de l'éditeur
Samuel Beckett, dans Premier amour affirme sa préférence pour les inscriptions qui figurent sur les cimetières, ces lieux communs par essence et par destination.
Les prisons sont devenues des lieux communs. Fragmentation dun lieu commun sinscrit dans cette double problématique de la littérature et de lenfermement.
La forme fragmentaire était la seule, aux yeux de Jane Sautière, susceptible de prendre en compte lespace de lécriture que la stigmatisation sociale ou carcérale ne permettait pas.
Cent fragments où la (petite) multitude des situations évoquées renvoie, non à lexutoire dune souffrance, mais à la nécessité de percevoir quil ny a pas «des» tragédies du champ social, mais une tragédie dans laquelle «une» multitude sincarne, ce qui nest pas tout à fait la même chose. Jane Sautière, nourrie de son expérience professionnelle, a écrit un texte littéraire, non un témoignage. Fragmentation dun lieu commun regroupe très exactement cent textes brefs (numérotés) qui relatent des scènes de la vie carcérale. Dans chacun de ces fragments, lauteur sadresse à un individu apparu selon la charge du souvenir quelle en a gardé et quelle a croisé de part et dautre des barreaux. Elle parle des instants quils ont vécu en commun et lui dit «vous», ou parfois «tu», ce qui confère au ton de ce texte sa particularité, un ton et un regard porté dune rare justesse. Ceux dont elle parle et à qui elle sadresse ont peuplé sa vie comme ils ont peuplé la prison. Il y a des détenus, mais aussi des surveillants qui comme elle, habitent la prison sans y être enfermés. Il y a ceux qui en sont sortis mais qui narrivent pas à sen sortir. Il y a ceux qui y sont restés. Et ceux qui y restent.
L'auteur vu par l'éditeur
Jane Sautière est née le 12 juin 1952 à Téhéran. Citoyenne de létranger «xénopolite» comme elle dit dès sa naissance, elle a suivi ses parents dans divers pays (Cambodge, Algérie, Liban); de retour en France, elle a fait des études de droit à Assas (Paris), dont elle garde un mauvais souvenir. Par la suite, elle a dû surmonter sa claustrophobie pour devenir éducatrice pénitentiaire. Depuis plus de vingt ans, elle a travaillé entre autres en Seine-Saint-Denis, à La Santé, dans un service daccueil de SDF ex-détenus, dans une prison «neuve» du Beaujolais
Aujourdhui, Jane Sautière habite et travaille à Lyon où elle anime aussi une émission dans une radio associative. Elle a publié des nouvelles et des articles dans diverses revues et co-signé Zones dombres avec Jean-Marie Dutey (Gallimard, «Série Noire», 1998).