Ce roman de 1997 de l'écrivain franco-belge François Weyergans (né en 1941) est une grande réussite dans une veine comique et satirique trop tard dans notre littérature.
A ma droite, Franz, écrivain catholique et fanatique de cinéma, auteur de multiples essais plus ou moins biographiques sur le bonheur conjugal et l'art d'élever des enfants. A ma gauche, son fils François, qui après une carrière cinématographique, prend à son tour la plume pour narrer sa tumultueuse vie sentimentale - bien éloignée des canons de son paternel. Le second regrettera toujours de n'avoir pas, avant la mort de son géniteur, su trouver les mots pour lui dire son affection.
Mine de rien, c'est un petit voyage dans le XXè siècle littéraire et artistique qui nous est ici proposé. Franz et François croisent ou évoquent les sommités de la littérature catholique (Mauriac, Green...) comme du cinéma (Truffaut, Rosselini) tout en vivant leur modeste petit chemin, bien éloigné pour l'un comme pour l'autre, de la reconnaissance dont bénéficient leurs modèles. Le personnage du père est très attachant et, derrière sa bonhomie, on ressent néanmoins le poids parfois insupportable d'une éducation strictement catholique - et les traces qui peuvent en résulter. Le fils papillonne entre femmes, art et psychanalyse et offre à Weyergans l'occasion de grands moments comiques où il peut se dépeindre en hypocondriaque complexé et écrasé par le poids de la fugure paternelle. Le roman file vite, est très agréable à lire et se compare avantageusement, dans une veine proche, aux meilleurs représentants de littérature juive nord-américaine.