Je possède les deux versions de l'édition Hyperion des lieder de Schubert: les 37 numéros parus séparément et le gros coffret. Le coffret est une alternative économique aux CD originaux et contient en outre 3 CD de lieder composés par des contemporains de Schubert, un complément intéressant.
Il a été définitivement conçu dans un esprit encyclopédique et c'est comme tel qu'il doit être évalué. Depuis sa parution il a toutefois reçu la concurrence du
coffret Naxos. L'amateur des lieder de Schubert qui veut les posséder tous (650 et plus, et cela en vaut la peine) doit se poser la question: Hyperion ou Naxos? En outre,
Schubert : Dietrich Fischer Dieskau (Coffret 21 CD) nous propose 463 lieder accompagnés par Gerald Moore.
Le coffret Hyperion come celui de Fischer-Dieskau se présentent en ordre chronologique. Cependant dans le cas de DFD c'était l'ordre prévu initialement - le baryton avait choisi de suivre l'ordre de l'ancienne édition complète en se laissant le soin de faire des impasses - alors que Hyperion a redistribué les lieder a posteriori. Les CD originaux étaient bein conçus et pourvus de livrets très informatifs. Les livrets n'ont pas été repris dans le coffret (on les trouve sur le site internet) et les récitals ont été démantelés. Hors de leur contexte les lieder ne s'écoutent plus comme dans les programmes initiaux qui - à part quelques CD méli-mélo - avaient été soigneusement agencés. Le niveau sonore des enregistrements a été égalisé pour éviter trop de disparités à l'intérieur d'un CD, reste que l'auditeur est sans cesse renvoyé d'une approche à une autre - et elles peuvent être très différentes - et que la dramaturgie d'orgine est perdue. Même le Voyage d'Hiver est coupé en deux! Par ailleurs les lieder qui étaient présents plusieurs fois dans les disques originaux ont en règle générale été repris une seule fois dans le coffret (des exceptions confirment la règle) et on se demande pourquoi, par exemple, le pâle Richard Jackson a été préféré à la somptueuse Margaret Price pour "Der Wanderer an den Mond".
Le choix des interprètes est assez judicieux: dans un projet de cette ampleur il est normal qu'il y ait des hauts et des bas. Ici les hauts sont Christoph Prégardien, Peter Schreier, Brigitte Faßbänder, Edith Mathis, Matthias Görne, Christine Schäfer et aussi Margaret Price, Arleen Auger, Lucia Popp, Marjana Lipovsek, Elly Ameling, Anthony Rolfe-Johnson, Thomas Allen ... On doit s'accorder de quelques seconds couteaux britanniques - type Richard Jackson - (et de l'accent qui va avec) ; parmi les nobodies de l'époque il y avait tout de même Ian Bostridge et Simon Keenlyside ...
Naxos ne présente que des interprètes germanophones, mais là aussi il y a des hauts et des bas: Cornelius Hauptmann, Christian Elsner entre autres n'ont pas été enregistrés dans leurs meilleurs jours. Du côté positif il y a Wolfgang Holzmair, Jan Kobow, Detlef Roth, Christiane Iven ...
Les CD originaux de Naxos étaient eux aussi très bien conçus et ils se retrouvent à l'identique dans le coffret. Les livrets n'étaient pas et de loin aussi exhaustifs que ceux d'Hyperion mais très informatifs tout de même et ils ont été repris, voire même étoffés, pour la mise en coffret. Les textes des lieder sont dans le coffret Hyperion, avec une traduction en anglais ; ils ne sont pas dans le coffret Naxos (disponibles sur leur site internet avec pour chaque lied la liste des modifications que Schubert a apportées au texte original du poète).
À celui qui veut avoir tous les lieder de Schubert et qui dispose d'un peu plus de 170€ je conseillerais au bout du compte de se décider pour le coffret Naxos pour 90€ environ et de dépenser le reste pour quelques CD Hyperion isolés. Mieux encore tiens, le coffret Naxos Box et
Schubert: Lieder on Record (1898-2012). On arrive grosso modo à 130€ (prix de février 2013). Il reste encore des sous (pour quelques CD supplémentaires ?) et on est sûr d'avoir la Belle Meunière (le CD le moins convaincant de Naxos) et plusieurs autres lieder célèbres dans des interprétations de premier choix.
Tout ceci sans vouloir dévaloriser l'immense travail encyclopédique de Graham Johnson ni sous-estimer ses indéniables qualités d'interprète ansi que celles de la plupart des chanteurs concernés. Seulement il arrive rarement qu'on prenne un CD pour écouter un seul lied. On écoute toutes les plages du disque - ou tout au moins une grande partie de celles-ci. Et je dois avouer que j'écoute infiniment plus souvent un CD Hyperion du couplage original ou un CD Naxos qu'un CD du coffret Hyperion.