French Connection a 40 ans et demeure un film de rupture. Ce n'est pas un film noir mais un film policier de rue, qui montre la ville et la police dans leur aspect brut : les flics ressemblent aux voyous, parlent mal, se conduisent mal.
Il y a une pénurie de drogue dans les rues de New York et un excédent en France à Marseille. La loi du marché fonctionne à merveille. Un formidable trafic de drogue se met en place entre la France et les Etats-Unis. Deux inspecteurs de la Brigade des Stups de New York ont vent de l'affaire : Jimmy « Popeye » Doyle (Gene Hackman) et Buddy Russo. La chasse au gang des Français commence.
French Connection est mené à un train d'enfer, avec une course poursuite mémorable entre une voiture de police conduite par Gene Hackman et un métro qui demeure sans égale dans les annales du roman policier.
Le film marque une rupture. On ne tournera plus après French Connection comme on le faisait avant. Désormais, l'action est dans la rue, la police est filmée comme elle agit en réel.
Cela dit, le film n'est pas sans défauts malgré l'immense talent de Gene Hackman. Pauline Kael l'étrille sans management dans Chroniques Américaines. Si elle reconnaît que le film est « sans conteste palpitant, explosif, riche en suspense, et ainsi de suite », elle considère aussi qu'il ne donne pas le temps de réfléchir et constitue un divertissement de masse, « un grand huit pour gros débiles ».
On sait qu'elle a souvent la dent dure et qu'elle exagère. On comprend que les plaisanteries de Gene Hackman ne soient pas du tout de son goût.
Néanmoins, le film est bien mené, c'est un film coup de poing, et donne à réfléchir contrairement à ce que dit Pauline Kael.
Là où elle a raison, c'est que le film est truffé d'incohérences.
J'en ai relevé au moins quatre, surprenantes :
- au début du film, un homme fait le guet ; en rentrant chez lui dans un quartier du Vieux Marseille, après avoir acheté une baguette, il se fait descendre dans l'entrée de son immeuble : la scène est d'ailleurs très dure, le tueur s'emparant de la baguette pour en manger un morceau. Il faut deviner qu'il s'agit d'un policier qui surveillait les trafiquants français car rien ne permet de le savoir. Passons sur cette première , c'est peut-être simplement un récit un peu elliptique.
- puis à New York, les policiers américains font le guet dans le froid alors que les truands français s'offrent un repas gastronomique bien au chaud dans un bon restaurant, avec vue panoramique sur la rue où les policiers poireautent bien en évidence : on n'imagine pas une pareille surveillance dans la réalité. Là, ça ne cadre plus du tout avec une surveillance dans des conditions réelles.
- les truands sortent à un moment donné une voiture d'un parking souterrain où elle était bien à l'abri, pour la garer dans un quartier mal famé où elle risque d'être volée à tout moment: on se demande bien pourquoi ?
- enfin les truands français et américains, qui se savent surveillés de près par la police et suivis, se donnent un rencart dans un endroit bien exposé pour concrétiser leur deal et faire l'échange entre la drogue et l'argent : difficile d'imaginer que de vrais truands soient aussi inconscients.
Le coffret est très riche. Outre French Connection en VF et VO, il comprend French Connection II et de nombreux bonus, comme des commentaires audios du réalisateur William Friedkin, de Gene Hackman et Roy Scheider pour French Connection I et de John Frankenheimer, Gene Hackman et Robert Rosen pour French Connection II.