Lorsque ce brûlot sortit en 1980, il fit l'effet d'une bombe. La déflagration est d'ailleurs encore sensible aujourd'hui : comment ne pas écouter l'hymne "California Uber Alles" ( qui était à l'origine une cinglante critique de l'administration du gouverneur Ronald Reagan) sans penser à Schwarzenegger ?
Ceci étant posé, rien ne peut mieux nous servir en ces temps de peur, d'ultra-capitalisme et de régression sociale que ce disque hyper-speed, à la violence salvatrice. Véritable manifeste du hardcore-punk US dans sa version "extrême gauche" (Biafra fut longtemps candidat politique à San Francisco), on aurait tort de réduire ce disque à une ultime poussée de fièvre adolescente, à une gliclée tardive de punk mal digéré, ou à une obsolète musique de jeunes rebelles. Même speed et violente, même enregistrée dans des conditions aussi frustres (la remastérisation est un vain mot ici) la musique de ces irréductibles punks vaut qu'on s'y attarde au-delà d'un rapide pogo : pas très subtile, encore que le jeu de basse de Klaus Flouride est presque plus proche du jazz que du hard-rock bête et méchant, ce boucan rock & roll a le mérite immense de faire mouche à chaque fois. L'alignement non-stop d'hymnes ravageurs ,de "Kill the poor", qu'on pourrait dédier au MEDEF, à "Holiday in Cambodia",véritable "tube" dans l'underground US, (et long de 4 minutes et demie, ce qui est exceptionnel pour du hardcore-punk), a de quoi impressionner, même plus de vingt ans après.Enfin, l'attitude (exemplaire, en fin de compte) et le chant nasillard et énervé de Jello Biafra, font de ce disque un classique absolu de la contre-culture américaine.