Ce n’est pas très grave d’avoir présenté, et ce dès leurs débuts, The Easybeats comme un groupe australien. Sauf que c’est inexact : on ne fera pas de procès de reconnaissance de nationalité à un chanteur et un batteur anglais, un bassiste et un guitariste hollandais, et un deuxième guitariste écossais. Mais cela situe immanquablement The Easybeats dans une mouvance de rock britannique au style caractéristique, plus proche du Swingin’ London que du royaume des kangourous.
D’autant que ce chef d’œuvre absolu de la seconde division du rock que constitue
Friday On My Mind (quatrième album du groupe), a été enregistré en Grande-Bretagne, et produit par Shel Talmy (celui qui mit au monde les premières chansons de The Who et The Kinks, et qui eut, quelques temps plus tard, bien raison de s’obstiner avec les maquettes initiales de David Bowie). Ceux qu’on a surnommé les Beatles australiens s’attaquent donc avec morgue et âpreté à un standard de Phil Spector (
« River Deep, Mountain High »), et à une collection d’efficaces rock songs, descendus comme autant de canettes du samedi soir, par la paire de compositeurs, les guitaristes Harry Vanda et George Young.
La performance du chanteur Little Stevie Wright le positionne
in petto dans le peloton de tête des vocalistes de sa génération, et en fait le moteur d’un combo surgi du garage avec morgue. Mais la grande affaire, même si l’on ne peut réduire la collection à un seul refrain, de
Friday On My Mind (l’album), reste
« Friday On My Mind » (la chanson), sommet artistique du groupe, et son plus important succès commercial. En moins de trois minutes, les Easybeats redéfinissent les principes de tension/réaction chers au rock, dans une ode à la frustration, et à la révolte adolescente (
Rebel without a cause) qui atteint – Wright est parfait dans le registre de la gouape séductrice – des sommets.
La guitare orientalisante, en prémices d’une inspiration psychédélique, un riff de deux notes tenu avec une farouche obstination, plusieurs articulations au sein du même couplet comme autant de mouvements percussifs, et un refrain qui enfle jusqu’à des hauteurs insoupçonnées : la chanson reste définitivement inscrite au patrimoine mondial du binaire électrique, comme, sans nul doute, l’une des plus grandes chansons rock de tous les temps. Plus tard, Vanda et Young prendront en charge les instants fondateurs d’AC/DC (Angus et Malcolm Young sont les frères du second), et offriront un hit international (
« Love Is in the Air ») à l’Écossais John Paul Young.
Mais, pour l’heure,
Friday On My Mind atteindra la cent-quatre-vingtième place des charts américains, et le single intègrera un glorieux Top 20 de sa catégorie (et sera classé dans le Top 10 britannique).
Christian Larrède - Copyright 2012 Music Story