From a Basement était pratiquement achevé lorsque Elliott est mort, dans des circonstances pas encore clairement élucidées - la thèse de la police ayant été remise en question par la police aux dernières nouvelles. On ne saura peut-être jamais, comme on ne saura jamais ce qu'aurait été véritablement cet album si Elliott en avait assuré la post-production.
Les admirateurs de Smith retrouveront évidemment ici le talent intact de l'artiste, sa capacité à composer des chansons pop aux harmonies subtiles et aux accents poignants. Pretty (ugly before) frappe droit au coeur - le genre de chanson qu'on réécoute en boucles. La voix fragile d'Elliott est particulièrement émouvante dans Strung out again soutenue par des éclats déchirants de guitare. Plus direct, plus simple dans ses arrangements que son prédecesseur Figure 8, Twilight n'aurait pas dépareillé sur Either/or : Elliott avait manifestement le désir de revenir à une production plus dépouillé et plus simple, à mi-chemin entre Either/or et XO. Question de moyens aussi peut-être, l'artiste ayant été lâché par Dreamworks.
Une des choses qui frappe le plus est que c'est peut-être sur cet album qu'on ressent le plus l'influence beatles pour le meilleur comme pour le pire. Passons rapidement sur le pire avec Little one, qui est vraiment un pastiche à la limite du plagiat et dont on peut se demander si Elliott l'aurait vraiment gardé.
Don't go down a évidemment des réminiscences subtiles d'I want you sur Abbey Road. Mais le plus surprenant est A passing feeling, où Elliott réinvente naturellement le son Spector et en une chanson fait un remake d'All things must pass, le chef d'oeuvre solo de George Harrison. Jouissif.
Bref, un album assez contrasté, parfois inégal, entre influence assumée et chanson personnelle et intimiste. On le chérira, comme tous les albums de Smith. sa disparition nous les rend encore encore plus essentiels. Même si nous n'avons pas fini de regretter son talent, on peut toujours se consoler en allant écouter Rufus Wainwright, Ed Harcourt ou Ben Folds, dont le dernier album Song for Silverman contient une chanson en hommage à Elliott.