Ce que le Rock doit au Blues reste de l'ordre de l'irremboursable. On se demande bien ce que seraient devenus Clapton, Richards, Page, Hendrix, Lee, Green (pour ne citer que ceux de ma génération) ainsi qu'un Johnny Winter ou un Stevie Ray Vaughan s'il n'y avait pas eu pêle-mêle (et pardon aux mânes de ceux que j'oublie) Muddy Waters, Willie Dixon, Elmore James, Little Walter (ah, Little Walter, cet invraisemblable harmoniciste dont les soli valent ceux de "Crossroads", "Red House" ou "Sittin' on the top of the world"), Howlin' Wolf, Sonny Boy Williamson, John Lee Hooker et toute cette kyrielle de mains noires pinçant les six cordes pour en extraire des mélodies sexuées, luxurieuses ou plaintives.
Clapton, à travers une carrière agitée avec des très hauts et des très bas, a toujours marqué (comme Jagger et Richards) sa reconnaissance à l'égard de ces Pères Fondateurs plus occupés à se cuiter, à se battre ou à sauter tout ce qui bougeait qu'à faire carrière (de toute façon faire carrière pour un Afro-Américain durant les années ségrégationnistes-c'était, pour l'essentiel, vivre misérablement-cf La Reine des Pommes de Chester Himes).
"From the cradle" est donc un hommage à ce que cette musique a de meilleure en elle : le feeling, le jus, l'énergie.Tous les morceaux sont des classiques ("Five long years", "It hurts me too"...et l'inévitable, grandiose et invraisemblable "Hoochie Coochie Man"). Clapton nous balance quelques soli de gratte comme lui seul en a le secret."From the cradle" est donc bourré de feeling, de jus et d'énergie. Commme quoi, être britannique n'empêche pas d'avoir l'âme "blues".