Chaka Khan n'avait plus rien offert au public (en termes d'album) depuis le pas vilain Come 2 My House, paru en 1998, et concocté sous la houlette dominatrice de Prince.
C'est dire si Funk This cristallisait, à sa sortie en 2007, l'attente consistante des fans de plus ou moins longue date, amateurs des albums réalisés avec le combo Rufus dans les années 70, puis sous son seul nom dans les années 80. La dame croisait alors le fer avec Marcus Miller et Herbie Hancock, rien que ça !
Ceci dit, même si neuf ans se sont écoulés, l'ombre de son éminence pourpre plane encore sur Funk This, tel un parrainage implicite et luxueux.
Non seulement Chaka Khan fait une reprise de « Sign O the Times », chanson-phare de Prince, mais surtout l'album est produit et sérieusement encadré par Jimmy Jam et Terry Lewis, anciennement artisans du Minneapolis Sound aux côtés du susnommé Prince, au début des années 80, et depuis orfèvres-producteurs (Mint Condition notamment)...
Autre précision utile, Jesse Johnson et sa guitare sont de la partie, sur quelques titres.
Qu'en est-il, alors, de Funk This ?
Il s'ouvre sur un « Back in the Today » légèrement convenu mais assez réjouissant, puis un « Foolish Fool » qui confronte plus maladroitement antiquité et modernité...
Mais au fil du disque, la diva (qui par ailleurs, semble résister à tout assaut du temps qui passe) déploie une soul épicée, façon début de XXIème siècle, qui ne manque pas de panache ici ou là.
Même si l'on sent un soupçon d'appâts commerciaux (Mary J Blige, invitée le temps d'un « Disrespectful » de bon ton), on apprécie ces ballades à priori anodines mais finalement entêtantes (« One for all time » en particulier), ces reprises gonflées (« Castles made of Sand » de Jimi Hendrix, « Ladies Man » de Joni Mitchell, « Sign O the Times »), ces grooves futés (« Will you love me ? », racé et minimaliste, ou « Super Life », conclusion pêchue).
Les quelques morceaux moins mémorables (« Angel », ou le poussif « You Belong to me » avec Michael McDonald) sont vite pardonnés et malgré l'aspect légèrement inégal de l'album, on se dit que décidément, Chaka Khan n'a pas dit son dernier mot. Affaire à suivre...