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Entre économie et géopolitique, Ohmae nous offre une analyse brillante de ces nouvelles réalités. --Pierre-Guillaume Véron
L'Entreprise
C'était en 1985. « Cette année-là, raconte Kenichi Ohmae, Microsoft Windows version 1.0 a été lancé à Seattle, CNN a commencé à émettre dans le monde entier et le premier ordinateur de Gateway 2000 a été expédié depuis un ranch de Sioux City dans l'Iowa. Cisco Systems, le grand fabricant de routeurs internet, venait de naître à Palo Alto (Californie), Dell Computers soufflait sa première bougie à Austin (Texas). Sun Microsystems, à Santa Clara (Californie), avait trois ans. Le Quantum Fund de Georges Soros, installé aux îles Caïmans, en avait quatre et la base de données Oracle, huit... » Cette année-là, si loin si proche, diverses forces symbolisées par ces entreprises se sont rejointes et un nouvel espace économique est apparu, dont la dimension ne saurait être réduite à l'informatique en réseau.
Un « continent invisible », qui a donné son titre original à ce remarquable essai. Etrange, en vérité, ce territoire à la fois virtuel par ses outils et concret par ses productions, sans frontières, marqué par « une démultiplication de volumes de capitaux sans précédent ».
Et dominé par ce que l'auteur baptise avec humour les entreprises « Godzilla ». Microsoft, Cisco et ceux de la classe 1985 en sont l'archétype, Nike, Yahoo ! ou Amazon, d'autres bonnes illustrations. Elles affichent une vocation claire, en rupture avec les ambitions protéiformes des General : Motors, Electric, Foods et tutti quanti. Elles dominent « des territoires où le client est prioritaire », fonctionnent selon « une organisation en réseau [...] créée de toutes pièces », ont misé sur « une présence planétaire instantanée ». Elles désarçonnent les politiques, déstabilisent les « titans » de l'économie ancrés dans le xxe siècle, fascinent les petites entreprises, qui toutes hésitent entre parier sur l'élimination naturelle de ces mutants, les singer ou envisager des transformations radicales.
Pour l'auteur, ceux qui veulent explorer ce continent doivent en tout état de cause connaître... le ski. « Quand les novices apprennent à virer, on leur montre comment projeter leur poids vers l'aval, ce qui leur donne l'impression de se jeter dans la vallée [...]. Seules sont capables de se projeter ainsi les entreprises qui oublient leurs succès passés. » Et qui se dopent à la parano constructive, version Bill Gates, « convaincu qu'une grosse erreur pourrait entraîner la perte de son entreprise ». Histoire de conjurer la malédiction de Godzilla : conscient du danger, peut-être finira-t--il moins mal qu'au cinéma !