Eh bien, que voilà un biopic déconcertant !
Sfar réussit la prouesse de nous livrer un conte sur Gainsbourg, une vie fantasmée et effectivement héroïque du jeune Lucien Ginsburg, qui se voit hanté par un double faustien (moitié animation, moitié acteur), et va devenir le Serge Gainsbourg que l'on connait. Un film inspiré par Gainsbourg, donc, mais ne prétendant pas vraiment le raconter.
Ainsi on n'entendra par exemple pas parler de ses collaborations avec Françoise Hardy ou Deneuve, ni même de l'importance de Jean-Claude Vannier sur le succès de l'Histoire de Melody Nelson. Sfar ne se veut pas exhaustif. Il a l'histoire d'une transformation à raconter : celle de Ginsburg en Gainsbourg, puis en Gainsbarre.
Le ton onirique du début du film est tout simplement captivant, parfait pour apporter affection et distanciation sur le personnage de Gainsbourg. Hélas, au fur et à mesure que le Gainsbourg devient son double Gainsbarre, l'onirisme s'efface et laisse place à une accumulation d'anecdotes plus dans le style classique du Biopic, du type "voici mon Curriculum Vitae", et donc moins savoureuses. Presque ennuyeuses.
Moralité : plus la transformation avance, plus on retombe sur la sacro-sainte image de Gainsbourg, et plus le film perd son intérêt, sa folie, sa monstruosité salvatrice. Dommage.
Niveau mise en scène, c'est un coup d'essai complètement transformé pour Sfar, qui, s'il s'essouffle sur la fin, victime du monstre sacré qu'il a tenté de croquer et des inévitables besoins de coller tout de même à la réalité que l'on connait de lui, remplit parfaitement son contrat de cinéaste. Une prouesse sur un sujet aussi casse-gueule, pour un premier film.
Le casting est admirable, et les acteurs-ices choisi-e-s pour incarner les célébrités et femmes qui jalonnent le parcours de Gainsbourg sont tous parfaits (à par Chabrol, dont on se demande ce qu'il fait là, et l'épouvantable Sara Forestier et son interprétation pénible de France Gall - les seules fautes de goût du cast !)
La musique est bien entendu culte, et les arrangements procédés pour nettoyer les thèmes si connus de Gainsbourg sont excellents.
Conclusion : un film pas complètement réussi, mais étonnant sur ses premiers 2/3. Une curiosité.