À travers la quête du père et la quête de vengeance d'un jeune américain d'ascendance irlandaise, Gangs of New York raconte l'époque où la ville préférée de Martin Scorsese était la proie des gangs de rue.
Gangs of New York s'inscrit dans la grande tradition des films américains fastueux, un peu comme Cléopâtre ; il y a eu un travail titanesque sur les décors pour faire revivre cet ancien New York. Le quartier qui nous occupe dans le film a été entièrement construit, avec un sens du détail très poussé. C'est une véritable Cour des Miracles qui apparaît à nos yeux.
Ce n'est pas le Scorsese préféré des cinéphiles. D'une part, contrairement à Casino et les Affranchis, on quitte la mafia italienne qui avait fait la réputation du réalisateur, mais surtout, là où dans ses deux précédentes fresques, Martin Scorsese s'appuyait sur des témoignages et retraçait l'itinéraire de personnages ayant existés de manière quasi-documentaire, ici le scénario est plus romanesque, même s'il est fabriqué de manière à nous faire visiter les lieux en détail.
Là où je trouve le film réussi côté scénario, c'est que l'histoire ne prend jamais le pas sur la fresque New-yorkaise, tout en n'étant pas une simple trame à prétexte. Chaque personnage représente une partie de la population, sert à éclairer une activité ou une autre, tout en faisant partie d'une histoire solide.
On se souviendra longtemps de Daniel Day Lewis dans le rôle de Bill le Boucher, de ses répliques définitives ("Amsterdam... I'm New York"), de son allure de dandy désarticulé, de son oeil d'aigle ! Et aussi de tous ces personnages secondaires que Martin Scorsese a pioché dans ses années de recherches pour porter à l'écran ce film qui lui tenait tant à coeur.
Il y a quelque chose de Dickens dans cette peinture d'un monde infernal, dominé par la violence, la misère et la corruption. C'est la naissance de New York, et Scorsese aime trop sa ville pour se faire des illusions sur sa genèse.