Dès qu'il est là, on ne voit plus que lui, tant il pulvérise l'écran.
Daniel Day-Lewis campe ici l'un des plus beaux méchants de l'histoire du cinéma. Tour à tour roi des bas-fonds, rugissant et taillant au hachoir dans les hommes comme dans les bêtes, démon barbare et sanglant ou dandy galant et raffiné, chef de guerre et de bande ou géniale bête de scène, assassin ségrégationniste protégeant la veuve et l'orphelin, rustre illettré pieux et féru de traditions anciennes, il incarne par sa complexité, ses contradictions et sa violence, un grand pays en train de naître - dans la douleur. Impossible de décrypter son visage, avec sa moustache en croc et son oeil de verre frappé de l'aigle américain : Toujours imprévisible, sans aucune limite, il terrifie autant qu'il fascine. Le numéro d'acteur est hallucinant.
Face à un tel monstre, les partenaires n'ont pas la partie facile. Si les seconds rôles (souvent issus du théâtre anglais) s'en tirent avantageusement, pour les jeunes premiers, c'est plus délicat... Leur histoire d'amour n'apporte pas grand-chose et impose des baisses de rythme répétées. Quant à la crédibilité de l'affrontement entre le roi de la ville et le blanc-bec sortant de quinze ans de maison de correction...
Reste une brillante mise en scène, inspirée et terriblement efficace, et une réflexion profonde et assez sombre sur le pouvoir et sur la genèse d'une nation, bâtie sur des conflits, des haines et des inégalités directement importées du Vieux Continent : on est bien loin du rêve américain. Plus que jamais, la violence (omniprésente mais jamais glorieuse chez Scorcese) est une machine à broyer les individus. Le regard sur la religion omniprésente est très désenchanté voire mordant (chacun met Dieu de son côté avant d'aller trucider son voisin et d'enfreindre tous les commandements). On savourera aussi quelques répliques sibyllines sur les moeurs politiques : « En apparence, il est impératif de respecter la loi... et plus encore quand on la viole. » ou « Je vous rappelle la première règle en politique : les bulletins ne font pas les résultats ; le comptage fait les résultats ! Le comptage ! »... juste après l'élection « chaotique » de G.W. Bush.
Ce film hors du commun ne peut qu'entraîner le spectateur. Sans quelques faiblesses, on tenait un pur chef-d'oeuvre.
Les bonus ne sont pas indispensables mais sont plutôt intéressants.