On a connu le rapeur instable, casseur, violent, et depuis un an, nous avons découvert un autre Joey Starr, plus mature, réfléchi et intéressant.
Lui qui a participé aux débats d'apaisement suite aux émeutes de 2005 nous offre son premier disque solo, un album revendicatif, franc et fort, qu'il a dû repenser dans sa totalité après que la police lui ai confisqué son cahier lors d'une descente à son domicile.
Excellement bien produit, cet album est peut être à ce jour l'un des seuls disques français à pouvoir rivaliser question sonorités avec les meilleures prods US. Ces sonorités, du reste, mettent merveilleusement bien en valeur le flow puissant du Jaguar Gorgone, un son de basse lourd sur lequel vienent se greffer des lignes entêtantes, mutines et assez réussies ("j'arrive" avec ses guitares ravageuses, par exemple). Beau boulot, Dadoo (ex-KDD, qui a bossé aussi sur l'album de Lady Laistee).
Question contenu, rien à redire non plus. L'énergie qu'il a, Joey Starr l'a canalisée. Il apparaît engagé et cultivé (le "gare au jaguarr" comme clin d'oeil au "gare au gorille" de Brassens? Quoiqu'il en soit, il reprend "le métèque" de Georges Moustaki)et ne perd pas de vue le combat qu'il a toujours mené, une égalité de tous les citoyens face à la justice.
Revendiquant toujours haut et fort qu'il vient du "93", il s'en prend vertement à l'autorité (il laisse la parole à Olivier Besancenot, son ami, dans "question 1" où ce dernier dénonce les exactions policières), avec parfois un second degré narquois, la touche d'humour qui contre les attentes ( notamment dans le génial "pose ton gun 2", qui n'a du reste rien à voir avec le 1er).
Voilà un Joey Starr qui est à la fois à sa place et où on ne l'attendait pas. En tout les cas, moi je suis content qu'il y soit, il met un sacré coup de frais et de boost sur la scène hip-hop française.
A avoir absolument.