Je crois me souvenir être rentré dans l'univers mélancolique et torturé de Lisa Germano avec cette chanson, "Cry Wolf", cette basse lourde au début, ces nappes de synthé angéliques et cette plainte, "Love is weird, love", qui vous prend à la gorge, reprise au milieu de la chanson, "Love can hurt, love. Love is weird, love". Et compte tenu de l'émotion contenu dans la voix rentrée et féline de Lisa, on était prêt à la croire, d'autant qu'un peu après elle nous susurrait que "Love can be bad". La mélodie chimérique qui accompagnait "Cry cry Wolf" vers la fin semblait sortir d'une forêt au crépuscule, les accords d'une guitare éreintée d'un film de David Lynch. Je ne m'en suis jamais vraiment remis. Elle résume assez bien le troisième album de l'américaine, peut-être son meilleur album, l'histoire de Geek the Girl, jeune femme qui a, nous dit Lisa, toutes les peines du monde à être sexuelle et cool. Et après deux albums inégaux (même si le titre du deuxième, Happiness, résumait déjà à merveille l'ironie caractéristique des textes de Lisa Germano), trop pop, mal produits (tout est relatif, on y trouve une chanson du niveau de The Darkest Night of all), Geek the Girl installe le décor qui variera finalement assez peu dans tout le reste de sa discographie : sa fanfare de poche, ses accords de piano languissants, son violon déchirant, ses mélodies miniatures, son chant plaintif et, à chaque fois, mille trouvailles sonores. L'impression de circuler dans une cathédrale perdue au milieu d'une montagne, la lumière qui sort des vitraux est tamisée, le ch½ur froid, le c½ur douloureux. Parfois ça va très mal sous la voute, à la fin de "A Psychopath", on prie pour son rétablissement. "And I'm alone, and I am cold and paralyzed, I can't move". On se souvient alors de paroles presque similaires prononcé par Nick Drake peu de temps avant sa mort. Mais lorsque retentissent les accords de "A Guy like You", on est tétanisé par sa beauté, la dernière chanson, "Stars", plus enjouée nous laissant d'ailleurs une note d'espoir, même si tout le monde s'en fout.