Je n'ai jamais compris ce rejet voire cette intolérance à l'égard de la période plus "pop" de Genesis, qui démarre grosso-modo avec le départ de Steve Hackett du groupe, précisément en raison de cette nouvelle orientation. S'il est vrai que "We Can't Dance" comporte son lot de ballades sirupeuses et que "Invisible Touch" est selon moi carrément insipide dans l'ensemble, je trouve "And Then There Were Three", "Duke" et "Abacab" d'excellents albums qui prennent avec brio, et chacun à sa manière, le tournant des années 80. Plus de longs morceaux baroques, épiques ou romantiques mais des "chansons" élaborées avec ingéniosité, parfois longues et parfois romantiques aussi d'ailleurs...
"Abacab" est pour moi (comme le souligne un internaute) un modèle dans ce nouveau style, même si passant un peu d'un extrême à l'autre dans un ensemble plutôt composite (ce qui est loin de me déplaire), mais aussi très innovant par moments.
Alors "Genesis" et sa pochette moderne et quasi-abstraite, en opposition totale avec les illustrations des années 70 (ce qui est vrai pour tous les albums des années 80/90, comme une volonté de mieux se démarquer du passé) : un album très réussi, sans aucun doute, et qui prouve une fois de plus le génie de Genesis dans l'art de composer ce qu'on appelle des mélodies, et de les garnir d'arrangements inventifs autant qu'efficaces.
De "Mama", tellurique et presque effrayante, à l'irrésistible et entraînante "Illegal Alien" en passant par la somptueuse suite en deux parties "Home by The Sea" (Genesis ne délaisse jamais vraiment les longs morceaux, sans doute la marque de Tony Banks; ce morceau très prenant montre aussi l'excellence de Phil Collins en tant que batteur, ce que l'on savait depuis longtemps), c'est créativité "à tous les étages", et un vrai plaisir d'entendre ces musiciens jouer ainsi à la perfection, et ce quelque soit le type de morceau. D'ailleurs, les chansons de la seconde partie du disque s'écoutent aussi avec jubilation, une rythmée, une calme, une rythmée... jusqu'à la nostalgique "It's Gonna Get Better" qui rappelle le tout dernier titre d'"Abacab". Quant à "Silver Rainbow", il s'agit de l'une des plus belles chansons du groupe, enivrante avec ses synthétiseurs lumineux et sa mélodie en arc en ciel...
Un Genesis très différent de celui des années 70 mais, n'en déplaise aux nostalgiques butés et autres "prog' intégristes" (qui voudraient que les groupes classés prog restent tournés vers le passé à ressasser indéfiniment les mêmes plans et les mêmes sons, à l'instar de IQ ou Pendragon), sûrement pas moins bon. Juste différent.