Deux flics, Stievet et Kasbarian, enquêtent à Paris sur un tueur de femmes. Seul indice: il est énorme! Cela leur suffira-t-il pour mettre la main sur ce monstre?
Voilà du Fajadie pur jus. Chapitres secs, rapides, claquant comme des balles. Phrases sans graisse, qui visent au coeur et font souvent mouche. Sans oublier ce profond humanisme hélas trop rare dans le polar. Ce roman d'à peine 130 pages, réparties en 22 chapitres, se lit en une heure, si ce n'est moins. Personnellement, je l'ai bouclé sans forcer en 45 minutes.
Mais à l'instar de certains calibres, "Gentil, Faty" recèle une considérable force inertielle. A savoir que son impact réel vous atteint des heures, voire des jours après l'avoir refermé. Vous repensez à certaines images qui se sont gravées à votre insu dans votre mémoire. Vous repensez à Stievet qui lutte à la fois contre le tueur de femmes et contre son tueur "intime", ce foutu cancer qui lui bouffe peu à peu les poumons et le plie de douleur, dans la solitude de son bureau.
Relire ce livre aujourd'hui, moins d'un an après le décès de Fajardie, emporté lui-même par le "crabe", est donc doublement déchirant. C'est un peu comme si, dans ce bouquin écrit en 1979, Fajardie nous décrivait sa propre fin avec trente ans d'avance.
Voilà donc un polar à la fois excitant et mélancolique qui n'a pas peur des grands mots et des grands sentiments. Pourquoi d'ailleurs appeler "Gentil, Faty" un polar? N'est-ce pas tout simplement un roman, comme le dit la page de garde?
Oui, c'est un beau et dense roman sur la vie, la mort, le désir, le sacrifice, la bonté. Un roman où les imbéciles en prennent pour leur grade, car Fajardie n'avait pas son pareil pour dénoncer la sottise, le racisme, la xénophobie, l'homophobie et autres fléaux ordinaires du même acabit.
Bref, voilà un antidote salutaire à toutes les formes d'intolérance qui fleurissent autour de nous!