Je ne dirai rien sur la qualité de l'œuvre en elle-même, elle est connue et suffisamment de commentaires en parlent pour ceux qui auraient besoin d'être rassurés à ce sujet. Mais pourquoi la lire en anglais, et que vaut ce coffret ?
Je me suis orienté vers cette édition après avoir lu les nombreuses réserves émises dans les commentaires de l'édition intégrale française sur la pertinence de la traduction. Après avoir comparé le texte original avec celui traduit par Jean Sola, je ne puis malheureusement qu'abonder dans le sens de ceux qui la trouvent infidèle à l'œuvre originale. Le sens général est préservé, mais... Tout d'abord, le style est différent : là où Martin écrit dans un style dépouillé et direct, la traduction est emphatique, parfois ampoulée. Cela déforme le texte, mettant l'accent sur des choses qui n'en demandent pas tant et en retrait ce qui ressort dans le texte original. La qualité du texte français est excellente d'un point de vue rédactionnel, on sent que le traducteur l'a travaillée, mais c'est précisément ce qui pose problème. A trop vouloir user d'un langage et de tournures de phrases littéraires, le traducteur s'est laissé emporter, changeant totalement la structure des phrases et des paragraphes, ajoutant un adjectif ici pour accentuer ce qu'il pense être l'intention de l'auteur, changeant là la façon dont un personnage formule une pensée et par là-même la perception que l'on a de lui. C'est bien écrit, mais ce n'est pas ce que l'auteur original a écrit. « Frappe-les d'estoc », c'est bel et bon, mais ce n'est pas ce que signifie « Stick them with the pointy end » dans le texte original, sinon dans un sens très lâche qui oublie en chemin l'intention de l'auteur. On perd vraiment à la traduction, plus qu'il n'est acceptable dans le cas de cette œuvre. Je rejoins donc ceux qui conseillent de lire le texte directement en anglais.
L'anglais employé est lisible et simple, il ne devrait pas poser de problème à quiconque arrive à lire un texte en anglais sur le net. Si vous comprenez « sword », « horse », « son » et « head on a pike », vous devriez comprendre le texte. On tombe parfois sur des termes plus obscurs comme « fortnight » et « weirwood » qui peuvent demander une recherche, mais on a le même problème dans la version française avec ses « barral » et ses « ferrugier » qui sortent d'on ne sait où et auraient probablement mieux fait d'y rester. Ces mots obscurs sont rares et ne pas connaître leur sens exact qui peut être grossièrement cerné depuis le contexte ne nuit pas à la compréhension générale du texte, donc ne laissez pas cela vous arrêter.
Un mot sur la qualité de l'édition. Les livres sont curieusement compacts, surtout considérant la quantité de texte qu'ils renferment. Je m'attendais à recevoir des parpaings, même en format poche, au final je me retrouve avec de petites briques. Le papier employé est fin mais solide, la couverture d'un carton lui aussi assez fin et flexible, et la police est d'une taille à peine inférieure à celle de la version française en livre de poche, d'une lecture agréable. Cela nous donne des livres d'une robustesse semble-t-il acceptable et agréables à manipuler pendant la lecture, s'ouvrant bien malgré leur épaisseur. Comme dit par ailleurs, le coffret en carton n'a que le mérite d'exister, mais c'est déjà cela.
Rapport qualité/prix, je doute que l'on puisse trouver mieux.