Ce DVD qui est essentiellement deux documentaires, un ancien par Georges Franju et un récent par Jacques Mény, est intéressant car justement il démonte l'inventivité et la créativité de Georges Méliès. Il fut d'abord et avant tout un inventeur de génie qui inventa sa propre caméra et son propre projecteur pour pallier le refus de Louis Lumière de lui vendre son invention. Il inventa ensuite à Montreuil sous bois le premier studio cinématographique. Mais plus encore il inventa des techniques de montage et de surimpression qui lui permirent de faire disparaître et apparaître tout ce qu'il voulait. C'était les premiers effets spéciaux.
Il tira cet art de l'illusion cinématographique de son premier art qu'était la prestidigitation qu'il pratiqua en maître et en patron dans le théâtre de Robert Houdin qu'il avait racheté boulevard des Italiens. Il était capable en magicien de faire sortir de son chapeau vraiment tout ce que l'on pouvait imaginer, en commençant pas les lapins, la laitue et les pigeons de la légende universelle de la magie.
Quant à son art cinématographique en tant qu'auteur, ce ne fut pas grand-chose, de ce que l'on sait qui a survécu. Le voyage dans la lune était de Jules Verne, et barbe Bleue ou Cendrillon devaient être d'un fonds encore plus ancien. Son art cinématographique a l'avantage d'être le premier en Europe sinon au monde, mais il est d'abord et avant tout technique.
Dès que les Américains, et quelques autres vont commencer à le concurrencer il ne saura pas répondre car il n'était pas un bon homme d'affaires et il ne saisit pas que vers 1910-13, raison de plus après la guerre il fallait miser sur des histoires d'un autre niveau de créativité et d'inventivité littéraire, ainsi que sur la durée des films et enfin sur des acteurs qui soient le vrai centre des films. Dans ces trois domaines, il ne sut pas voir l'avenir et ne sut pas tenir la concurrence des Chaplin, Keaton et les autres, passer aux films d'une demi-heure et bien vite plus encore avec des intrigues ou des histoires nouevlles et qui se tiennent, et il n'avait absolument pas investi sur un acteur ou une actrice qui soit digne de ce nouvel art, mis à part un peu lui-même.
Il finit sa vie active comme tenancier d'une boutique de jouets et bonbons dans les couloirs de la Gare Montparnasse à Paris et ses dernières années comme pensionnaires du Château d'Orly, une institution pour les retraités du cinéma : entendez ceux qui avaient vécu toute leur vie pour le cinéma et ne pouvaient plus travailler : l'âge de la retraite n'existait pas encore et de toute façon au cinéma on arrête quand on ne peut plus marcher, et même ainsi' A quel âge Roger Hanin arrêta-t-il son Inspecteur Navarro, déjà au juste ?
Mais ce DVD honore dignement cet homme de génie dont il reste très peu car au moment de sa faillite il brûla par colère et dépit toutes les pellicules qu'il put trouver dans son entourage immédiat. Il dira beaucoup plus tard que c'était une erreur, mais on ne répare pas ses erreurs de dépit.
Dr Jacques COULARDEAU