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5.0 étoiles sur 5
voyage au bout de la mine, 6 octobre 2010
Quel auteur que Zola! Quel monument que son oeuvre! A chaque fois que je me replonge dans ses
Rougon-Macquart, j'en éprouve le même étourdissement, la même ivresse! Ce que j'aime dans ces romans, ce n'est pas tant leur dimension naturaliste que leur caractère épique, ce souffle puissant qui les traverse, cette énergie qui sourd de chaque phrase. Il y a dans l'écriture zolienne quelque chose de bouillonnant, de furieux, de torrentiel. C'est une vague qui vous emporte, vous submerge, vous subjugue. Trop longtemps, on a vu en Zola un tâcheron, un besogneux au style sans grâce, un sous-Balzac plombé par ses théories déterministes. Médisance et clichés que tout cela! Ouvrez n'importe lequel de ses livres et, dès les premiers mots, sa prose merveilleusement riche et imagée vous enveloppe comme une laine chaude et douce dans laquelle on aurait plaisir à s'emmitoufler, un soir d'hiver, au coin du feu. Oui, le naturalisme est peut-être passé de mode, et depuis belle lurette, mais Zola, lui, demeure, et plus je le relis, plus je lui trouve de qualités, aussi bien dans la forme que sur le fond.
Paru en 1885, "Germinal" est sans doute son chef-d'oeuvre. C'est en tout cas son roman le plus célèbre. Treizième tome des Rougon-Macquart, il s'inscrit chronologiquement entre
La Joie de vivre et
L'Oeuvre, mais nul besoin, pour l'apprécier, d'avoir lu les douze tomes qui le précèdent! Non, "Germinal" existe par lui-même et peut s'aborder comme une entité romanesque parfaitement autonome. Paradoxalement, ce pavé de 500 pages est facile à "pitcher": c'est tout bonnement l'histoire d'une grève! Mais quand on a dit ça, bien sûr, on n'a rien dit, car l'important, c'est tout ce que Zola fait graviter autour de cette grève, c'est la manière dont il en explore la genèse, dont il en étudie les mécanismes, dont il en suppute les conséquences, tout cela au travers d'une communauté de mineurs du Nord de la France dont il brosse un portrait à la fois impartial et empathique.
Comme d'habitude, pour préparer son roman, Zola se livra à une enquête minutieuse, et pas une enquête théorique, non, une véritable enquête de terrain, il se rendit à Anzin, visita les corons, hanta les estaminets, rencontra des « gueules noires », découvrant avec effarement leurs conditions de travail abominables. De cette enquête, il ramena non seulement une documentation impressionnante, mais aussi et surtout un sentiment de profonde révolte, et c'est cette révolte qui gronde dans ces pages. Il y aurait là-dedans du manichéisme, entends-je parfois. Zola nous peindrait la lutte du Travail et du Capital d'un trait grossier. Je n'en crois rien. Les réalités sociales que décrit « Germinal » sont parfaitement authentiques, et si les mineurs que Zola met en scène sont presque des esclaves, c'est parce que les mineurs, les vrais, travaillaient bel et bien à l'époque dans des conditions proches de l'esclavage.
Mais le plus beau dans ce livre, au bout du compte, c'est qu'il n'est pas pessimiste. Au départ, pourtant, il devait l'être. Le roman, qui s'ouvre sur l'arrivée nocturne d'Etienne Lantier à Montsou, devait se clore de manière identique, par son départ nocturne : ténèbres symboliques figurant l'asservissement du prolétariat. Seulement voilà, en cours d'écriture, enfiévré par son projet, Zola changea de perspective et choisit l'espoir. L'espoir d'un futur meilleur. L'espoir d'un monde plus égal, plus juste, plus humain. L'espoir que germeraient bientôt dans l'esprit des ouvriers les graines de leur propre émancipation. Oeuvre phare du 19ème siècle, « Germinal », à sa manière, annonçait le 20ème. Implacable constat des horreurs de son temps, c'est un livre tourné vers l'avenir et porté par une foi pugnace dans le progrès social. De là viennent à la fois sa grandeur et sa force.
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