Jack White aura marqué de son empreinte musicale les années 2000. Avant de devenir absolument incontournable à la fin de la décennie, menant de front White Stripes, Raconteurs, puis Dead Weather, produisant Von Bondies ou les vieilles gloires country Loretta Lynn et Wanda Jackson, gérant à Nashville un studio et un label ...
En 2005, lors de la parution de « Get behind me Satan », il n'était « que » la partie dominante du duo White Stripes avec son ancienne femme Meg. Un premier gros électrochoc « White blood cells », la consécration mondiale avec « Elephant » et son « Seven Nation Army », hymne rock de la décennie ... Pourquoi changer une formule qui gagne ? « Get behind me Satan » est bien dans la lignée des précédents. C'est du rock'n'roll, profondément ancré dans le blues, et servi par des guitares qui doivent beaucoup à Led Zeppelin. Ce qui donne ici des choses aussi évidentes et rentre-dedans que « The denial twist », le colossal « Instinct blues », le lent et lourd « Red rain », construit comme le « In my time of dying » de ... Led Zep. Et à propos du Zeppelin, Jack White s'amuse à imiter leurs rivaux des 70's Deep Purple sur le fantastique riff du morceau inaugural « Blue orchid », qu'on jurerait exécuté par Ritchie Blackmore.
Mais White ne se contente pas d'un follw-up de ses disques précédents. Des instruments, des sons nouveaux font leur apparition, traduisant une certaine ouverture d'esprit et l'envie de créer, d'aller de l'avant, toujours plus loin. On trouve sur ce disque pas mal de piano, le plus souvent violemment maltraité, piano qui va même jusqu'à remplacer la guitare (l'irrésistible et très sixties flower-power « My doorbell », comme une résurrection de Country Joe & The Fish, ou la belle ballade triste « I'm lonely ...»). Mais aussi des choses encore plus curieuses, comme un xylophone, très présent lui sur « The nurse » ... La guitare est seulement parfois acoustique (« As ugly as I seem », « Take, take, take » et son gimmick de voix en stéréo), tout ceci montrant aussi les limites de la stricte formule guitare électrique - batterie ... ce qui permet d'évoquer la gentille Meg. Pour être sympa, on dira qu'elle est techniquement assez limitée, on le savait dès le départ, mais cette fois-ci elle est encore moins présente que sur les disques précédents, la démultiplication de son ancien mari avec toute sa nouvelle panoplie d'instruments, lui laissant une portion de plus en plus congrue du son White Stripes.
En tout cas, « Get behind me Satan » dernier volet d'un trio d'albums d'exception consécutifs, finira définitivement d'installer le groupe et surtout Jack White comme leaders musicaux de leur génération ...