Pochette sombre, un logo qui commence a prendre forme, Get Your Wings sort un an après une première tentative mise à sac par la critique. Tenté de gommer une fois pour toutes tout rapprochement avec les Rolling Stones et décidé à se trouver une identité sonore caractéristique, Aerosmith s'adjoint les services du producteur Jack Douglas. Association à effet immédiat, l'album baigne dans une atmosphère qui fera signature sur bon nombre d'albums à venir. Si le son de l'Aero semble se mettre en place, il en va de même au niveau des compositions qui, tout en s'inscrivant pour certaines dans un registre vaporeux, font montre d'une diversité et d'un feeling peu commun.
Album en transit entre climats planants sur Seasons Of Wither et chorus électriques sur Same Old Song And Dance, ce disque a pour atout de cumuler les ambiances. Prenant le risque de mélanger morceau expérimental et fulgurance métallique, le groupe de Boston surprend, parvient à nous tenir en haleine en tempérant son rock d'instants suspendus qui, aujourd'hui encore, gardent toute leur efficacité rare. Arpèges acoustiques, cuivres, c'est un Aerosmith plus mature qui s'essaye à construire le ciment d'un rock qui bientôt mettra tout son monde d'accord. A noter, l'excellente reprise du Train Kept a Rollin' des Yardbirds pour ceux qui douteraient encore de la capacité de l'Aero en concert.
Mis en lumière par une production sans faille, si les morceaux tapent pratiquement tous dans le mille, c'est surtout grâce à une section rythmique parfaitement équilibrée. Soutiens d'un Brad Whitford arc-bouté sur ses riffs, Tom Hamilton et Joey Kramer méritent dès maintenant que leur soient accordés toutes les parts de crédit leur revenant sur les succès à venir. Jamais en reste, les futurs Toxics Twins sont également de la parade. Steven Tyler évolue à présent dans un registre vocal dont les feulements font miracle sur chaque titre, tandis que Joe Perry commence à prendre son rôle de guitar héros de plus en plus au sérieux.
Avec le changement de cap orchestré par ce Get Your Wings, Aerosmith vient de jeter les bases de ce qui fera sa réussite. Alors que la tentation aurait été grande d'ouvrir la boite de Pandore après ce second volume, c'est en collaborant de manière plus réfléchie que les Lords of the Thighs vont dorénavant orienter leur hard rock. Comme chacun s'en doute, cette option portera ses fruits très prochainement par le biais d'une offensive de jouets hors série qui, aujourd'hui encore, témoigne d'une certaine vision d'un hard américain libéré de ses références. Toutefois, en attendant que l'Aero nous impose la meilleure façon de marcher, goûtons encore à ce train de nuit.