En 1970, Leon Russell (multi-instrumentiste, compositeur, producteur, que l'on retrouve sur
Mad Dogs & Englishmen (Re-Mastered) [ENREGISTREMENT ORIGINAL REMASTERISé] de Joe Cocker, et
The Concert for Bangladesh de George Harrisson) signe Freddie King sur son label, Shelter. Il produira ainsi, en collaboration avec Don Nix, le manifeste « Getting Ready... ». Ils en produiront deux autres, plus rock, dans la foulée.
Freddie King, robuste gaillard, semblant toujours à l'étroit dans ses vêtements, redéfini certaines règles de la guitare Blues. Son jeu puissant est un pont entre le Blues-Texan et le Chicago-blues, tout en y incorporant un rythme certainement irrité de la surf-music. Le meilleur exemple étant ses instrumentaux qui feront d'ailleurs école (Hideaway, The Stumble, San-Ho-Zay). Une main gauche puissante et sûre, plaquant solidement ses accords, et jouant des bends avec fermeté. Une main droite équipée d'onglets lui permettant d'obtenir précision et diversité dans les accords et vélocité sur des chorus percutants, avec ses Gibsons Les Paul (Gold Top 56) et, surtout principalement, ES 345 (d'où la 335 d' Eric Clapton !). Une voix puissante, sachant se faire rauque autant que (presque) mielleuse, reprenant parfois certains « gimmicks » de B.B. King. Son style influencera à vie un grand nombre de musiciens (de blues et de rock). Hélas, cet immense musicien mourut trop tôt (42 ans), sur scène...
« Getting Ready... » regroupe des titres qui font tous aujourd'hui office de standards (repris maintes fois). « Same Old blues » et Goin' down » (repris de façon innombrable) avaient été composé initialement pour
Moloch (un obscur groupe de Acid-blues-rock non dépourvu d'intérêts), auxquels Freddie donne une seconde jeunesse. « I'm tore down » était déjà en 61 un hit (seul titre composé par Freddie sur cet opus). « Living on the Highway » et Palace of the King » (qui font encore les chaudes heures des blues-rocker) sont 2 chansons écrites par Nix et Russell. « Worried life blues » de Big Maceo dans une version relativement rock. « Walking by myself » de Jimmy Rogers en version acoustique de toute beauté, tout comme « Dust my Broom » d'Elmore James ; alors que, tout comme ce dernier, Freddie a contribué à l'émergence d'un certain Blues-rock, cette magnifique version prend le contre-pied en bannissant l'électricité.
On notera aussi des accompagnateurs de marque avec évidement Russell au piano et guitare, mais aussi Don Preston à la guitare (Cocker, Zappa, Beefheart, John Carter) et Donald « Duck » Dunn.
Une production de qualité, un croisement entre le son Stax et celui du Rock Anglais, qui a su éviter l'écueil en omettant toute surcharge inutile (très peu de cuivres, mais on notera néanmoins quelques violons vraiment discrets sur les titres acoustiques) qui met en valeur la voix et la guitare de Freddie sans pour autant écraser les autres instruments.
On parle souvent de disques indispensables à toutes discothèques qui se respectent ; indéniablement, celui-ci en fait partie.
En tout cas, Freddie King demeure l'un de mes musiciens préférés.