S'il ne fallait posséder qu'une seule version de cet opéra, ce serait celle- ci. Puccini a fait ses études à Paris grâce à un oncle fortuné mais un peu pingre. Il a donc connu cette vie d'étudiant qu'il décrit (mais dont le livret est tiré de la Vie de Bohème de Mugler). La Bohème est le regard d'un homme déjà mûr qui se penche sur sa jeunesse. Mais il le fait avec tact. Mais il le fait avec brio. Cette atmosphère est parfaitement rendue ici. J'ai reproché à la version de Karajan d'être du ...Karajan malgré la présence insurpassable de Mirella Freni. Jesus Lopez Cobos laisse parler Puccini. L'ochestre sait se faire discret quend il faut en laissant les chanteurs s'exprimer. Point d'emphase. Rien qu'un drame humain.
La distribution est éclatante. Inva Mula est parfaite, comme d'habitude et poignante à souhait. La voix d'une soprano colorature à la limite du lyrique et que je compare volontiers à celle de d'Edita Gruberova. Mula est solidement épaulée par le magnifique ténor qu'est Aquiles Marchado dans le rôle de Rodolfo. Laura Giordano est une Musetta frivole mais au grand coeur. Léo Nucci toujours égal à lui même. Chaque chanteur trouve le ton juste qui convient à son rôle.
Les décors sont soignés sans ostentation et surtout sans ce faux intellectualisme des décorateurs d'aujourd'hui qui s'ingénient à dépouiller la scène. On va voir un spectacle que diable. Sinon un CD suffit à notre bonheur!
Je trouve cette version légèrement supérieure à celle qu'en a donné Angela Gheorghiu (une très belle voix, certes, mais dont le côté « emprunté » sur scène me gêne). Le jeu de scène de Mula est « naturel ». Elle vit son rôle et c'est tant mieux.
Enfin la sortie sur deux DVD permet une excellente qualité de l'image et du son. La version Blue Ray n'apporte rien de beaucoup mieux.
Le public ne s'y est pas trompé en ovationnant longuement les protagonistes. Inva Mula était émue aux larme et s'est cachée la tête dans les larges épaules de Marchado. Il faut rendre grâce aux cinéaste d'avoir immortalisé cet instant d'émotion extraordinaire d'une très grande artiste encore, infortunément, trop peu connue en occident.