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4.0 étoiles sur 5
une des plus grandes compositions de Callas, 11 janvier 2005
Cet enregistrement a été réalisé en 1955, alors que les premiers problèmes vocaux de Maria Callas apparaissaient, qui allaient en quelques années la contraindre à se retirer de la scène et des studios. Cio-Cio San n'était a priori un des emplois naturels de cet immense soprano dramatique de proportions wagnériennes, mais la carrière de Callas s'est faite contre la nature, par la culture : elle s'est voulue Norma, Lucia et l'a été au point d'y effacer des chanteuses a priori plus évidentes qu'elle dans ces rôles. C'est un peu ce qui s'est passé avec cette Butterfly, à ceci près qu'elle ne l'a presque jamais chantée sur scène (3 repésentations à Chicago) et que son interprétation y a de ce fait été moins remarquée. Pourtant, même Renata Scotto, à mon goût en tout cas, n'a pas atteint la puissance du portrait que Callas dresse de l'héroïne archétypale de Puccini. La juvénilité, la fraîcheur de sa voix au début de l'ouvrage sont remarquables, et le déluge vocal des moments les plus tragiques est tel qu'on peut l'imaginer, sans être pour autant une caricature hochdramatisch. Le secret est sans doute dans la priorité donnée à l'interprétation dramatique par Callas, c'est-à-dire sa façon de tout justifier par le sens, et de tout intégrer. Ainsi, sa capacité à construire un monologue est sans équivalent connu. Enfin, il y a cette voix unique, dans ses dernières grandes années, qui semble serrée par l'émotion alors même qu'elle est déployée, qui suffit à faire de la tragédie une réalité concrète et immédiatement vécue.
On sera moins enthousiaste pour les autres chanteurs, en particulier Geddda en Pinkerton, mais on s'en remettra tant l'opéra donne l'impression que Butterfly est seule en scène du début à la fin. On passera moins vite, toutefois, sur le son agressif et saturé, qui confond tous les instruments et toutes les voix dans la même couleur dure et métallique. Quand on pense que RCA enregistrait en 1955 en stéréo, et quelle stéréo ! En revanche, l'opéra bénéficie de la direction de Karajan, sans doute une de ses meilleures prestations discographique dans un opéra. Comme dans la Lucia en public à Berlin, l'osmose avec Callas est totale et galvanise Karajan, qui sort de sa sensualité parfois excessive et anesthésiante.
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5.0 étoiles sur 5
Surprenant a chaque ecoute, 13 septembre 2008
Je ne me lasse pas d'ecouter cette version, moins glorieuse de son et de pâte orchestrale peut etre que d autres. Quoi que le son soit tout a fait a la hauteur et que l' orchestre de Karajan est aussi interessant et aussi intense pour moi que celui de Sabata dans Tosca (a maints endroits, la musique entendue semble soutenir ce commentaire).
Dans Madame Butterfly, j'entends une écriture serrée, une surprenante maîtrise dramatique (le passage douloureux de la conversion enchaîné à la cérémonie de mariage en est un signe évident mais il y en a une foule qui ne tiennent pas qu à la structure du livret), une habileté digne je crois de Wagner dans le maniement des écritures complexes et des aventures `thématiques' (pardonnez moi si je ne sais pas de quoi je parle!).
L' Ouverture et la première partie du premier acte (et dans un sens du deuxième qui apparaît comme un calque du premier mais de l'autre coté du miroir) campent une écriture construite et fuguée ou faussement académique comme les assomptions sont fausses au départ, comme le caractere fuyant de Pinkerton, comme la fuite du temps aussi, que le prélude du deuxième acte confirmera.
L'académisme destructeur précède la liberté de la musique comme le vain effort de Pinkerton, qui essaie d'asséner sa caution de liberté en s'emparant de l'hymne américain et en essayant de le soumettre à ses penchants, précède immédiatement l'arrivée des Japonaises, qui, brusque, lui en coupe le souffle ou la note.
Episode génial où le son vient d'en bas apporter l émotion des pauvres gens niée par le grand enfant capricieux d'America Forever, une émotion, qui, on le verra vite, n'est elle-même qu'un sursaut avant la débâcle des moribonds déjà condamnés.
Enfin par Callas et Gedda, (et Karajan !) même si ici je réussissais à écrire quelque chose de valable ou seulement d'honnête, qu'est ce qu' il ne faudrait pas dire -leur premier acte où l'horreur de l'enfance sacrifiée est comme confrontée à celle de l'enfance spoliée et désorientée, puis laisse la place à une intensité dans la confrontation des instincts que je ne suppose que dans les mises en scènes épurées de Tristan.
Le premier acte est aussi une confrontation entre deux récits. Symétrique, cette confrontation juxtapose celui de Pinkerton, qui vogue sur son hymne et sa crânerie d'Américain conquérant, à l'histoire, en lambeaux et en rares objets de valeur, de la petite geisha.
Quand Callas prend la parole et confesse avoir été à la mission pour épouser la religion et le Dieu américain, on entend tout le courage de Cio Cio San, qui emprunte un thème peut être simple mais qui apparaît comme inouï, nouveau et libre dans sa sinuosité. Je vous laisse ecouter la suite.
C'est un album qui s'apprivoise même si, pour les apprentis mélomanes, cela peut s'apparenter a du rodéo. Qui donne envie d'en savoir plus. D' ailleurs, le courage de Callas/Butterfly m'inspire : je vais me documenter...
Ce dont je suis certain, c' est que si cet album ne dit pas tout, il vous invite a aimer cette musique.
Un rappel pour les amis : cet album qui vaut son prix, est toutefois disponible dans le somptueux coffret d operas diriges par Karajan chez Emi, globalement une aubaine en termes de prix et de qualite.
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