Il est intéressant d'écouter
Giant en sachant qu'à la fin de son enregistrement, André Herman Düne, moitié originelle du groupe, a quitté le navire. S'il est la suite logique de
Not on Top, paru l'année précédente,
Giant est surtout l'album le plus pop – dans le sens universel du terme – de Herman Düne.
Dès
« I Wish That I Could See You Soon », le tube qui ouvre l'album, influencé à la fois par la Motown et Jonathan Richman, on sent le groupe pressé d'en découdre avec ses vieux démons : l'underground, la vie sur la route, l'anonymat... Déclaration d'amour naïve au rythme entraînant et aux couleurs chatoyantes, cette chanson est l'œuvre de David. Sur
Giant, il en écrit beaucoup du même acabit, comme
« Pure Heats » ou
« 1-2-3 Apple Tree »,
des chansons jouées le sourire aux lèvres, sans souci du lendemain.
De l'autre côté du spectre musical de Herman Düne, il y a André. Et là, les morceaux s'assombrissent un peu. Moins badin, avec plus de corps, ses morceaux, comme
« Bristol »,
« Baby Bigger » ou
« Nickel Chrome », sonnent comme si Tom Waits et Neil Young décidaient de composer ensemble. Si le mêmes type d'arrangement (beaucoup de percussions, d'instruments à vents et de voix en cascade) sont à l'œuvre sur l'ensemble du disque, les deux frères ont au final composé deux disques radicalement différents.
C'est pourtant cette dichotomie musicale qui donne à
Giant toute sa sève. Il a pourtant mis un terme à la collaboration entre les deux frères : effrayé à l'idée de devoir faire beaucoup plus d'efforts qu'à l'accoutumée pour le défendre face à la presse et à un nouveau public moins en phase avec ses idéaux (
Giant est le premier album du groupe à paraître sur une major et à bénéficier d'une réelle promotion), André préfère quitter son groupe et s'exiler à Berlin pour officier sous le nom de Stanley Brinks.
Martin Cazenave - Copyright 2013 Music Story