Cet album est absolument essentiel pour diverses raisons. Toutes les compositions sont de Coltrane, c'est une première. Les harmonies inventées ici sont extrêmes et on sent qu'il faut un changement radical car Coltrane ne peut plus aller plus loin, la solution sera le modal.
Nous avons affaire à une fin et à un début en même temps. La fin d'un style de musique exploité jusque dans ses ultimes limites et le début de l'ère John Coltrane avec son célèbre quartet à venir.
John Coltrane atteint ici un niveau de jeu incroyable, personne n'avait approché ce niveau avant lui, avec cette faculté (très durement travaillée) de jouer aussi fort chaque note, quelque soit son niveau dans la gamme. Sa rapidité et ses choix harminiques mettent bien à mal le pauvre Tommy Flanagan sur "Countdown" et cela explique probablement la durée limitée à 2:21 de ce morceau. Et pourtant, Flanagan ne démérite pas sur l'ensemble de l'album, il est simplement à la peine par rapport à Coltrane qui s'est préparé longuement à cet exploit. D'ailleurs, la complémentarité entre ce brillant pianiste et le géant des saxophonistes est même évidente.
Paul Chambers à la contrebasse est égal à lui-même, c'est à dire exceptionnel. Il forme avec Art Taylor et Tommy Flanagan une section rythmique de choix.
Pour "Naima", le rythme sera assuré par Paul Chambers, Wynton Kelly et Jimmy Cobb, soit les Miles Davis boys.
Cet opus de John Coltrane est incontournable, tant pour sa qualité que pour son côté innovant. On pourrait même imaginer commencer une collection "Trane" par ce disque, les précédents semblant être à ranger au niveau de sessions d'entraînement, ce qui n'enlève rien à leur intérêt musical.