Tout commence par cette danse folle qu'est Gibraltar, chanson d'une intelligence rare, tant d'un point de vue musical que concernant les paroles. Gibraltar, lieu de tous les espoirs, nous dit Abd Al Malik, nous pensons alors au couplet de l'immigration.. oui, en effet, mais pas dans le sens où on l'entend d'habitude, puisqu'il s'agit ici d'un européen qui veut retrouver l'Afrique! Prendre l'auditeur à contre-pied, le surprendre en permanence, ce n'est que l'une des nombreuses qualités de cet album. Mais outre le fait que cela représente une qualité et une entrée en matière hors du commun, c'est aussi l'un des nombreux points communs que Abd Al Malik (ici rapppeur, chanteur, slammeur) a avec Jacques Brel. A cela s'ajoute la présence de Gérard Jouannest (le plus fidèle des fidèles du Grand Jacques), la présence de paroles étonnamment proches de celles de Brel ("Les Autres" reprend "Ces gens là", "M'effacer" reprend "Knokke le Zoute"...). Bref, plus rien ne peut étonner dans un album, où un rappeur se révèle être le meilleur chanteur français de l'année, capable de slammer si bien que Grand Corps Malade est rouge d'envie.
Une leçon de vie permanente, où les influences de Jay-Z combinées à celles de Keren Ann (judicieusement samplée) se font ressentir, un classique instantanné, décrivant sa génération comme peu d'album l'ont fait (à part Illmatic de Nas), une génération tour à tour haineuse ("Soldat de plomb"), sotte ("Les Autres"), dans l'urgence ("Mourir à trente ans") et avec de l'amour à donner ("Je regarderai pour toi les étoiles").
Un classique instantanné du rap et de la chanson... ça serait dommage de passer à côté.