Gilbert Bécaud


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Biographie

Né à Toulon le 24 octobre 1927, Gilbert François Silly (nom du premier époux de sa mère) Gilbert Bécaud prendra pour nom de scène celui de son père biologique, Louis Bécaud.

Vite passionné par la musique, il entre à l'âge de neuf ans au conservatoire de Nice. Soutenu par sa mère dans ses ambitions artistiques, il persiste malgré des études perturbées par la guerre et commence à l'âge de vingt ans à travailler en tant que pianiste dans des bars et des cabarets, tout en s'ingéniant à devenir compositeur de musiques de films, d'abord sous le nom de François Bécaud.

La rencontre avec les ... Lire la suite

Né à Toulon le 24 octobre 1927, Gilbert François Silly (nom du premier époux de sa mère) Gilbert Bécaud prendra pour nom de scène celui de son père biologique, Louis Bécaud.

Vite passionné par la musique, il entre à l'âge de neuf ans au conservatoire de Nice. Soutenu par sa mère dans ses ambitions artistiques, il persiste malgré des études perturbées par la guerre et commence à l'âge de vingt ans à travailler en tant que pianiste dans des bars et des cabarets, tout en s'ingéniant à devenir compositeur de musiques de films, d'abord sous le nom de François Bécaud.

La rencontre avec les paroliers Maurice Vidalin, puis Pierre Delanoë, sera déterminante pour son passage à la chanson : devenus ses amis, les deux auteurs composeront de nombreux tubes pour celui qui deviendra une manière d'idole des jeunes. Il rencontrera plus tard son troisième parolier fétiche, Louis Amade. En 1950, Bécaud devient le pianiste accompagnateur de Jacques Pills, avec qui il réalisé plusieurs tournées. Le mariage de Pills avec Piaf débouche sur l'écriture de plusieurs chansons pour la chanteuse, dont « Je t'ai dans la peau ».

A partir de 1952, le jeune chanteur adopte définitivement son nom de scène de Gilbert Bécaud. Il prend également quelques habitudes de scène, comme sa célèbre cravate à pois : s'étant vu dans l'obligation de se présenter avec une cravate pour décrocher un poste de pianiste de bar, Gilbert avait découpé à la hâte un bout de la robe à pois de sa mère pour s'en faire une cravate. Ayant obtenu la place, il considèrera sa cravate à pois comme un porte-bonheur et ne s'en séparera plus. Il prend également l'habitude de jouer avec un piano légèrement incliné, qui lui permet de voir la salle. 

Au début des années 1950, désormais muni d'une forte expérience de la scène acquise lors des tournées avec Pills, Bécaud gravit à toute allure les marches du succès. Il enregistre en 1953 ses deux premiers disques, « Mes Mains » et « Les Croix ». En février 1954, il est choisi par Bruno Coquatrix, le nouveau propriétaire de l'Olympia, pour tenir en tant que vedette américaine l'affiche de la fameuse salle, qui va rouvrir après des années d'abandon.

L'année suivante, il est vedette de l'Olympia à part entière. Le 17 février 1955, lors d'une séance en matinée, il déchaîne l'enthousiasme délirant de jeunes spectateurs qui, emportés par l'énergie de Bécaud, détériorent la salle en cassant les fauteuils. La presse, alertée par cet événement inhabituel pour l'époque, relate largement les exploits scéniques de Bécaud, qui y gagne son surnom de « Monsieur 100.000 volts », mais aussi de « Monsieur Dynamite » et autres sobriquets. Bécaud interprète séduit en outre par une voix chaude et profonde, capable de chanter sur plusieurs registres, drôle ou émouvant, et de se glisser dans la peau de personnages très divers selon l'inspiration du moment. Gilbert Bécaud est, à la manière d'Yves Montand, un showman parfait, à la technique sans faille, moins canaille mais, à sa manière, plus complet car multiforme.

Multipliant les tournées et les galas, en France comme à l'étranger, Gilbert Bécaud enregistre et compose beaucoup, avec la collaboration de Delanoë et Vidalin. Il tente par ailleurs timidement de percer au cinéma dans le film Le Pays d'où je viens de Marcel Carné (et dont il compose la musique), mais qui ne laissera pas un souvenir impérissable. Cependant, le 7ème art restera toujours en second plan dans la carrière du chanteur.

Dès 1955, Bécaud consacre une grande partie de son temps aux tournées qui l'emmènent de l'Europe à l'Amérique du Nord en passant par le Maghreb. Chaque année, il donnera parfois jusqu'à deux cent cinquante concerts sur toutes les scènes du monde. De plus, il ne cesse de composer et avec la complicité de ses trois auteurs favoris, il crée et enregistre sans relâche. On peut juste citer en 1956, « La Corrida », en 57 « Les Marchés de Provence » ou en 58 « C'est merveilleux l'amour ». Bécaud négocie magistralement le virage des années 1960, grâce notamment à son gigantesque tube « Et maintenant » (1961, texte de Pierre Delanoë). Il multiplie les expériences de compositeur et signe même, avec un certain succès, un opéra lyrique, L'Opéra d'Aran.

Ses multiples tournées autour du monde lui inspirent un nouveau tube, « Un Dimanche à Orly ». Mais une nouvelle vague de chanteurs fait son apparition : yé-yés et rockers comme Johnny Hallyday et Eddy Mitchell taillent désormais des croupières à la génération précédente. Bécaud gère la concurrence en composant des chansons pour certains nouveaux chanteurs (Richard Anthony, Hervé Vilard). L'une de ses chansons, « Âge tendre et tête de bois », donne son titre à l'émission-phare du jeune public. Nouveaux tubes en 1964 avec « Nathalie », puis en 1965 avec « Quand il est mort le poète », hommage à Jean Cocteau. Certaines chansons de Gilbert Bécaud sont reprises par des artistes anglo-saxons : « Et Maintenant » devient « What Now My Love » et « Je t'appartiens », « Let It Be Me », deux succès qui font le tour du monde via de nombreux interprètes de prestige (James Brown, Nina Simone, Bob Dylan...). En 1967, c'est un nouveau tube avec « L'Important c'est la rose » ; en 1970, « La Solitude ça n'existe pas ».

Les années 1970 voient simultanément une sorte d'apogée de la carrière de Bécaud, et le début d'un certain déclin. Il publie en 1972 une intégrale en six triples albums, retâte du cinéma sous la direction de Claude Lelouch. Mais son rythme effréné de travail et ses habitudes de gros fumeur commencent à l'user physiquement ; sa voix s'en ressent. Si son public lui demeure très fidèle, il ne se renouvelle pas suffisamment. Mais en 1974, Bécaud se voit décerner le grade de Chevalier de la Légion d'Honneur. La décoration lui est remise le 14 janvier, sur la scène de l'Olympia.

Gilbert Bécaud continue les tournées internationales, fonctionnant magnifiquement comme une mécanique bien rodée, mais sans parvenir à toucher les jeunes générations. En 1979, il prend du champ, pour réapparaître l'année suivante avec un nouvel album et une tournée (l'Olympia, encore, durant cinq semaines). En 1983, il interprète « Mustapha Dupont », chanson consacrée à l'immigration : « Et moi au milieu / Qui ne sais pas très bien / Où sont enterrés mes aïeux / Et moi au milieu / Mon sang est-il rouge / Ou blanc ou bleu / P' t' êt' les trois, Mustapha ». Mais son projet suivant, la comédie musicale Madame Roza, inspirée du roman d'Emile Ajar (Romain Gary) La Vie devant soi, connaîtra quelques vicissitudes : créée à Baltimore et jouée avec succès aux Etats-Unis en 1986, elle reste inédite en France. Bécaud n'est pas prophète en son pays, alors rétif aux comédies musicales.

Revenu en France, Bécaud interprète en 1988 son vingt-deuxième spectacle à l'Olympia, qu'il occupe avec la même régularité que Jacques Anquetil gagnant le Tour de France. Mais trois ans plus tard, déprimé par les décès de sa mère et de son collègue Yves Montand, il annonce son intention d'abandonner la scène. Pourtant, il retrouve le chemin des studios d'enregistrement dès l'année suivante. Mais Bécaud n'a plus le même contact avec le public : il devient de bon ton, dans certains médias branchés, de conspuer ce « chanteur de vieux », trop propre, trop parfait techniquement, sans caractère de révolté pouvant lui apporter l'onction des intellectuels ou la sanctification d'un Léo Ferré. On commence à le caricaturer en dentier sur pattes.

De 1992 à 1996, fatigué, il prend à nouveau du champ. Le tabac le ronge. Remonté en selle, il sort un nouvel album, Ensemble, puis fête ses 70 ans lors de son trentième Olympia (novembre 1997) : démolie puis reconstruite, la célèbre salle fête ainsi sa réouverture avec une nouvelle prestation de son chanteur emblématique. Vigueur physique retrouvée, Bécaud étonne lors de ses prestations télévisées par une énergie toujours communicative. Nouvelle tournée en 1998, nouvel album en 1999, Faut Faire Avec : grâce à de nouveaux auteurs et collaborateurs (Alain Manoukian, Luc Plamondon...), Bécaud tente de s'arracher à son image engoncée dans le passé, grâce à un disque résolument tourné vers la nouveauté.

En novembre 1999, malgré le cancer du poumon qui le ronge, et soutenu par l'affection de son public, il trouve l'énergie de remonter sur la scène de l'Olympia pour la trente-troisième fois. La maladie finit par le rattraper et il s'éteint le 18 décembre 2001, à bord de sa péniche. Un grand quotidien français ne consacrera qu'un bref article condescendant à ce chanteur « ringard » depuis quarante ans. Depuis, et malgré la sortie en 2002 d'un album posthume, le souvenir de Gilbert Bécaud semble estompé par une amnésie sélective des médias. Peu d'hommages, peu de rétrospectives pour celui qui fut pourtant, pendant cinquante ans, l'un des interprètes les plus énergiques et magistraux de la chanson française et sut, avant le changement des modes, conquérir un public aussi divers qu'enthousiaste. C'est à ce même public qu'il appartient désormais de redécouvrir Gilbert Bécaud, artiste complet qui ne vécut que pour le plaisir des foules. Copyright 2014 Music Story Benjamin D'Alguerre

Né à Toulon le 24 octobre 1927, Gilbert François Silly (nom du premier époux de sa mère) Gilbert Bécaud prendra pour nom de scène celui de son père biologique, Louis Bécaud.

Vite passionné par la musique, il entre à l'âge de neuf ans au conservatoire de Nice. Soutenu par sa mère dans ses ambitions artistiques, il persiste malgré des études perturbées par la guerre et commence à l'âge de vingt ans à travailler en tant que pianiste dans des bars et des cabarets, tout en s'ingéniant à devenir compositeur de musiques de films, d'abord sous le nom de François Bécaud.

La rencontre avec les paroliers Maurice Vidalin, puis Pierre Delanoë, sera déterminante pour son passage à la chanson : devenus ses amis, les deux auteurs composeront de nombreux tubes pour celui qui deviendra une manière d'idole des jeunes. Il rencontrera plus tard son troisième parolier fétiche, Louis Amade. En 1950, Bécaud devient le pianiste accompagnateur de Jacques Pills, avec qui il réalisé plusieurs tournées. Le mariage de Pills avec Piaf débouche sur l'écriture de plusieurs chansons pour la chanteuse, dont « Je t'ai dans la peau ».

A partir de 1952, le jeune chanteur adopte définitivement son nom de scène de Gilbert Bécaud. Il prend également quelques habitudes de scène, comme sa célèbre cravate à pois : s'étant vu dans l'obligation de se présenter avec une cravate pour décrocher un poste de pianiste de bar, Gilbert avait découpé à la hâte un bout de la robe à pois de sa mère pour s'en faire une cravate. Ayant obtenu la place, il considèrera sa cravate à pois comme un porte-bonheur et ne s'en séparera plus. Il prend également l'habitude de jouer avec un piano légèrement incliné, qui lui permet de voir la salle. 

Au début des années 1950, désormais muni d'une forte expérience de la scène acquise lors des tournées avec Pills, Bécaud gravit à toute allure les marches du succès. Il enregistre en 1953 ses deux premiers disques, « Mes Mains » et « Les Croix ». En février 1954, il est choisi par Bruno Coquatrix, le nouveau propriétaire de l'Olympia, pour tenir en tant que vedette américaine l'affiche de la fameuse salle, qui va rouvrir après des années d'abandon.

L'année suivante, il est vedette de l'Olympia à part entière. Le 17 février 1955, lors d'une séance en matinée, il déchaîne l'enthousiasme délirant de jeunes spectateurs qui, emportés par l'énergie de Bécaud, détériorent la salle en cassant les fauteuils. La presse, alertée par cet événement inhabituel pour l'époque, relate largement les exploits scéniques de Bécaud, qui y gagne son surnom de « Monsieur 100.000 volts », mais aussi de « Monsieur Dynamite » et autres sobriquets. Bécaud interprète séduit en outre par une voix chaude et profonde, capable de chanter sur plusieurs registres, drôle ou émouvant, et de se glisser dans la peau de personnages très divers selon l'inspiration du moment. Gilbert Bécaud est, à la manière d'Yves Montand, un showman parfait, à la technique sans faille, moins canaille mais, à sa manière, plus complet car multiforme.

Multipliant les tournées et les galas, en France comme à l'étranger, Gilbert Bécaud enregistre et compose beaucoup, avec la collaboration de Delanoë et Vidalin. Il tente par ailleurs timidement de percer au cinéma dans le film Le Pays d'où je viens de Marcel Carné (et dont il compose la musique), mais qui ne laissera pas un souvenir impérissable. Cependant, le 7ème art restera toujours en second plan dans la carrière du chanteur.

Dès 1955, Bécaud consacre une grande partie de son temps aux tournées qui l'emmènent de l'Europe à l'Amérique du Nord en passant par le Maghreb. Chaque année, il donnera parfois jusqu'à deux cent cinquante concerts sur toutes les scènes du monde. De plus, il ne cesse de composer et avec la complicité de ses trois auteurs favoris, il crée et enregistre sans relâche. On peut juste citer en 1956, « La Corrida », en 57 « Les Marchés de Provence » ou en 58 « C'est merveilleux l'amour ». Bécaud négocie magistralement le virage des années 1960, grâce notamment à son gigantesque tube « Et maintenant » (1961, texte de Pierre Delanoë). Il multiplie les expériences de compositeur et signe même, avec un certain succès, un opéra lyrique, L'Opéra d'Aran.

Ses multiples tournées autour du monde lui inspirent un nouveau tube, « Un Dimanche à Orly ». Mais une nouvelle vague de chanteurs fait son apparition : yé-yés et rockers comme Johnny Hallyday et Eddy Mitchell taillent désormais des croupières à la génération précédente. Bécaud gère la concurrence en composant des chansons pour certains nouveaux chanteurs (Richard Anthony, Hervé Vilard). L'une de ses chansons, « Âge tendre et tête de bois », donne son titre à l'émission-phare du jeune public. Nouveaux tubes en 1964 avec « Nathalie », puis en 1965 avec « Quand il est mort le poète », hommage à Jean Cocteau. Certaines chansons de Gilbert Bécaud sont reprises par des artistes anglo-saxons : « Et Maintenant » devient « What Now My Love » et « Je t'appartiens », « Let It Be Me », deux succès qui font le tour du monde via de nombreux interprètes de prestige (James Brown, Nina Simone, Bob Dylan...). En 1967, c'est un nouveau tube avec « L'Important c'est la rose » ; en 1970, « La Solitude ça n'existe pas ».

Les années 1970 voient simultanément une sorte d'apogée de la carrière de Bécaud, et le début d'un certain déclin. Il publie en 1972 une intégrale en six triples albums, retâte du cinéma sous la direction de Claude Lelouch. Mais son rythme effréné de travail et ses habitudes de gros fumeur commencent à l'user physiquement ; sa voix s'en ressent. Si son public lui demeure très fidèle, il ne se renouvelle pas suffisamment. Mais en 1974, Bécaud se voit décerner le grade de Chevalier de la Légion d'Honneur. La décoration lui est remise le 14 janvier, sur la scène de l'Olympia.

Gilbert Bécaud continue les tournées internationales, fonctionnant magnifiquement comme une mécanique bien rodée, mais sans parvenir à toucher les jeunes générations. En 1979, il prend du champ, pour réapparaître l'année suivante avec un nouvel album et une tournée (l'Olympia, encore, durant cinq semaines). En 1983, il interprète « Mustapha Dupont », chanson consacrée à l'immigration : « Et moi au milieu / Qui ne sais pas très bien / Où sont enterrés mes aïeux / Et moi au milieu / Mon sang est-il rouge / Ou blanc ou bleu / P' t' êt' les trois, Mustapha ». Mais son projet suivant, la comédie musicale Madame Roza, inspirée du roman d'Emile Ajar (Romain Gary) La Vie devant soi, connaîtra quelques vicissitudes : créée à Baltimore et jouée avec succès aux Etats-Unis en 1986, elle reste inédite en France. Bécaud n'est pas prophète en son pays, alors rétif aux comédies musicales.

Revenu en France, Bécaud interprète en 1988 son vingt-deuxième spectacle à l'Olympia, qu'il occupe avec la même régularité que Jacques Anquetil gagnant le Tour de France. Mais trois ans plus tard, déprimé par les décès de sa mère et de son collègue Yves Montand, il annonce son intention d'abandonner la scène. Pourtant, il retrouve le chemin des studios d'enregistrement dès l'année suivante. Mais Bécaud n'a plus le même contact avec le public : il devient de bon ton, dans certains médias branchés, de conspuer ce « chanteur de vieux », trop propre, trop parfait techniquement, sans caractère de révolté pouvant lui apporter l'onction des intellectuels ou la sanctification d'un Léo Ferré. On commence à le caricaturer en dentier sur pattes.

De 1992 à 1996, fatigué, il prend à nouveau du champ. Le tabac le ronge. Remonté en selle, il sort un nouvel album, Ensemble, puis fête ses 70 ans lors de son trentième Olympia (novembre 1997) : démolie puis reconstruite, la célèbre salle fête ainsi sa réouverture avec une nouvelle prestation de son chanteur emblématique. Vigueur physique retrouvée, Bécaud étonne lors de ses prestations télévisées par une énergie toujours communicative. Nouvelle tournée en 1998, nouvel album en 1999, Faut Faire Avec : grâce à de nouveaux auteurs et collaborateurs (Alain Manoukian, Luc Plamondon...), Bécaud tente de s'arracher à son image engoncée dans le passé, grâce à un disque résolument tourné vers la nouveauté.

En novembre 1999, malgré le cancer du poumon qui le ronge, et soutenu par l'affection de son public, il trouve l'énergie de remonter sur la scène de l'Olympia pour la trente-troisième fois. La maladie finit par le rattraper et il s'éteint le 18 décembre 2001, à bord de sa péniche. Un grand quotidien français ne consacrera qu'un bref article condescendant à ce chanteur « ringard » depuis quarante ans. Depuis, et malgré la sortie en 2002 d'un album posthume, le souvenir de Gilbert Bécaud semble estompé par une amnésie sélective des médias. Peu d'hommages, peu de rétrospectives pour celui qui fut pourtant, pendant cinquante ans, l'un des interprètes les plus énergiques et magistraux de la chanson française et sut, avant le changement des modes, conquérir un public aussi divers qu'enthousiaste. C'est à ce même public qu'il appartient désormais de redécouvrir Gilbert Bécaud, artiste complet qui ne vécut que pour le plaisir des foules. Copyright 2014 Music Story Benjamin D'Alguerre

Né à Toulon le 24 octobre 1927, Gilbert François Silly (nom du premier époux de sa mère) Gilbert Bécaud prendra pour nom de scène celui de son père biologique, Louis Bécaud.

Vite passionné par la musique, il entre à l'âge de neuf ans au conservatoire de Nice. Soutenu par sa mère dans ses ambitions artistiques, il persiste malgré des études perturbées par la guerre et commence à l'âge de vingt ans à travailler en tant que pianiste dans des bars et des cabarets, tout en s'ingéniant à devenir compositeur de musiques de films, d'abord sous le nom de François Bécaud.

La rencontre avec les paroliers Maurice Vidalin, puis Pierre Delanoë, sera déterminante pour son passage à la chanson : devenus ses amis, les deux auteurs composeront de nombreux tubes pour celui qui deviendra une manière d'idole des jeunes. Il rencontrera plus tard son troisième parolier fétiche, Louis Amade. En 1950, Bécaud devient le pianiste accompagnateur de Jacques Pills, avec qui il réalisé plusieurs tournées. Le mariage de Pills avec Piaf débouche sur l'écriture de plusieurs chansons pour la chanteuse, dont « Je t'ai dans la peau ».

A partir de 1952, le jeune chanteur adopte définitivement son nom de scène de Gilbert Bécaud. Il prend également quelques habitudes de scène, comme sa célèbre cravate à pois : s'étant vu dans l'obligation de se présenter avec une cravate pour décrocher un poste de pianiste de bar, Gilbert avait découpé à la hâte un bout de la robe à pois de sa mère pour s'en faire une cravate. Ayant obtenu la place, il considèrera sa cravate à pois comme un porte-bonheur et ne s'en séparera plus. Il prend également l'habitude de jouer avec un piano légèrement incliné, qui lui permet de voir la salle. 

Au début des années 1950, désormais muni d'une forte expérience de la scène acquise lors des tournées avec Pills, Bécaud gravit à toute allure les marches du succès. Il enregistre en 1953 ses deux premiers disques, « Mes Mains » et « Les Croix ». En février 1954, il est choisi par Bruno Coquatrix, le nouveau propriétaire de l'Olympia, pour tenir en tant que vedette américaine l'affiche de la fameuse salle, qui va rouvrir après des années d'abandon.

L'année suivante, il est vedette de l'Olympia à part entière. Le 17 février 1955, lors d'une séance en matinée, il déchaîne l'enthousiasme délirant de jeunes spectateurs qui, emportés par l'énergie de Bécaud, détériorent la salle en cassant les fauteuils. La presse, alertée par cet événement inhabituel pour l'époque, relate largement les exploits scéniques de Bécaud, qui y gagne son surnom de « Monsieur 100.000 volts », mais aussi de « Monsieur Dynamite » et autres sobriquets. Bécaud interprète séduit en outre par une voix chaude et profonde, capable de chanter sur plusieurs registres, drôle ou émouvant, et de se glisser dans la peau de personnages très divers selon l'inspiration du moment. Gilbert Bécaud est, à la manière d'Yves Montand, un showman parfait, à la technique sans faille, moins canaille mais, à sa manière, plus complet car multiforme.

Multipliant les tournées et les galas, en France comme à l'étranger, Gilbert Bécaud enregistre et compose beaucoup, avec la collaboration de Delanoë et Vidalin. Il tente par ailleurs timidement de percer au cinéma dans le film Le Pays d'où je viens de Marcel Carné (et dont il compose la musique), mais qui ne laissera pas un souvenir impérissable. Cependant, le 7ème art restera toujours en second plan dans la carrière du chanteur.

Dès 1955, Bécaud consacre une grande partie de son temps aux tournées qui l'emmènent de l'Europe à l'Amérique du Nord en passant par le Maghreb. Chaque année, il donnera parfois jusqu'à deux cent cinquante concerts sur toutes les scènes du monde. De plus, il ne cesse de composer et avec la complicité de ses trois auteurs favoris, il crée et enregistre sans relâche. On peut juste citer en 1956, « La Corrida », en 57 « Les Marchés de Provence » ou en 58 « C'est merveilleux l'amour ». Bécaud négocie magistralement le virage des années 1960, grâce notamment à son gigantesque tube « Et maintenant » (1961, texte de Pierre Delanoë). Il multiplie les expériences de compositeur et signe même, avec un certain succès, un opéra lyrique, L'Opéra d'Aran.

Ses multiples tournées autour du monde lui inspirent un nouveau tube, « Un Dimanche à Orly ». Mais une nouvelle vague de chanteurs fait son apparition : yé-yés et rockers comme Johnny Hallyday et Eddy Mitchell taillent désormais des croupières à la génération précédente. Bécaud gère la concurrence en composant des chansons pour certains nouveaux chanteurs (Richard Anthony, Hervé Vilard). L'une de ses chansons, « Âge tendre et tête de bois », donne son titre à l'émission-phare du jeune public. Nouveaux tubes en 1964 avec « Nathalie », puis en 1965 avec « Quand il est mort le poète », hommage à Jean Cocteau. Certaines chansons de Gilbert Bécaud sont reprises par des artistes anglo-saxons : « Et Maintenant » devient « What Now My Love » et « Je t'appartiens », « Let It Be Me », deux succès qui font le tour du monde via de nombreux interprètes de prestige (James Brown, Nina Simone, Bob Dylan...). En 1967, c'est un nouveau tube avec « L'Important c'est la rose » ; en 1970, « La Solitude ça n'existe pas ».

Les années 1970 voient simultanément une sorte d'apogée de la carrière de Bécaud, et le début d'un certain déclin. Il publie en 1972 une intégrale en six triples albums, retâte du cinéma sous la direction de Claude Lelouch. Mais son rythme effréné de travail et ses habitudes de gros fumeur commencent à l'user physiquement ; sa voix s'en ressent. Si son public lui demeure très fidèle, il ne se renouvelle pas suffisamment. Mais en 1974, Bécaud se voit décerner le grade de Chevalier de la Légion d'Honneur. La décoration lui est remise le 14 janvier, sur la scène de l'Olympia.

Gilbert Bécaud continue les tournées internationales, fonctionnant magnifiquement comme une mécanique bien rodée, mais sans parvenir à toucher les jeunes générations. En 1979, il prend du champ, pour réapparaître l'année suivante avec un nouvel album et une tournée (l'Olympia, encore, durant cinq semaines). En 1983, il interprète « Mustapha Dupont », chanson consacrée à l'immigration : « Et moi au milieu / Qui ne sais pas très bien / Où sont enterrés mes aïeux / Et moi au milieu / Mon sang est-il rouge / Ou blanc ou bleu / P' t' êt' les trois, Mustapha ». Mais son projet suivant, la comédie musicale Madame Roza, inspirée du roman d'Emile Ajar (Romain Gary) La Vie devant soi, connaîtra quelques vicissitudes : créée à Baltimore et jouée avec succès aux Etats-Unis en 1986, elle reste inédite en France. Bécaud n'est pas prophète en son pays, alors rétif aux comédies musicales.

Revenu en France, Bécaud interprète en 1988 son vingt-deuxième spectacle à l'Olympia, qu'il occupe avec la même régularité que Jacques Anquetil gagnant le Tour de France. Mais trois ans plus tard, déprimé par les décès de sa mère et de son collègue Yves Montand, il annonce son intention d'abandonner la scène. Pourtant, il retrouve le chemin des studios d'enregistrement dès l'année suivante. Mais Bécaud n'a plus le même contact avec le public : il devient de bon ton, dans certains médias branchés, de conspuer ce « chanteur de vieux », trop propre, trop parfait techniquement, sans caractère de révolté pouvant lui apporter l'onction des intellectuels ou la sanctification d'un Léo Ferré. On commence à le caricaturer en dentier sur pattes.

De 1992 à 1996, fatigué, il prend à nouveau du champ. Le tabac le ronge. Remonté en selle, il sort un nouvel album, Ensemble, puis fête ses 70 ans lors de son trentième Olympia (novembre 1997) : démolie puis reconstruite, la célèbre salle fête ainsi sa réouverture avec une nouvelle prestation de son chanteur emblématique. Vigueur physique retrouvée, Bécaud étonne lors de ses prestations télévisées par une énergie toujours communicative. Nouvelle tournée en 1998, nouvel album en 1999, Faut Faire Avec : grâce à de nouveaux auteurs et collaborateurs (Alain Manoukian, Luc Plamondon...), Bécaud tente de s'arracher à son image engoncée dans le passé, grâce à un disque résolument tourné vers la nouveauté.

En novembre 1999, malgré le cancer du poumon qui le ronge, et soutenu par l'affection de son public, il trouve l'énergie de remonter sur la scène de l'Olympia pour la trente-troisième fois. La maladie finit par le rattraper et il s'éteint le 18 décembre 2001, à bord de sa péniche. Un grand quotidien français ne consacrera qu'un bref article condescendant à ce chanteur « ringard » depuis quarante ans. Depuis, et malgré la sortie en 2002 d'un album posthume, le souvenir de Gilbert Bécaud semble estompé par une amnésie sélective des médias. Peu d'hommages, peu de rétrospectives pour celui qui fut pourtant, pendant cinquante ans, l'un des interprètes les plus énergiques et magistraux de la chanson française et sut, avant le changement des modes, conquérir un public aussi divers qu'enthousiaste. C'est à ce même public qu'il appartient désormais de redécouvrir Gilbert Bécaud, artiste complet qui ne vécut que pour le plaisir des foules. Copyright 2014 Music Story Benjamin D'Alguerre


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