SAISIR L'INSTANT
En mai 1962, quelques mois avant de disparaître, et au moment où elle s'installe dans sa nouvelle maison à Helena Drive dans le quartier élégant de Brentwood, Marilyn Monroe achète deux oeuvres d'art à la galerie Edgardo Acosta, à Beverly Hills. Dans un cas, elle joue la carte de la découverte et mise sur une jeune artiste parisienne d'à peine vingt-sept ans, Poucette, dont les oeuvres font l'objet d'une tournée en Amérique. Le tableau, intitulé Le Taureau, est assez phallique, il montre la bête, pleine d'énergie de combat, prête à charger, sur un fond de terre rougeoyante, au milieu d'une arène vide. Dans le second cas, le choix est beaucoup plus prestigieux, puisqu'il s'agit d'une petite sculpture de Rodin, Le Péché, aussi intitulée L'Emprise, qui représente un couple enlacé, la jambe droite de la femme venant s'accrocher à la hanche de l'homme. Cette oeuvre, érotique et forte, est évidemment un gros investissement, et le galeriste prend le soin de joindre à la facture un certificat d'authenticité émis par le musée Rodin à Paris.
Quelques années auparavant, vers 1955, lors d'une visite au Metropolitan Museum de New York, en compagnie de Norman Rosten, c'est devant une autre sculpture de Rodin que Marilyn s'était arrêtée, extatique, les doigts sur les lèvres : La Main de Dieu, qui porte dans sa paume une jeune femme sensuelle, embrassée par un homme. Le poète lui enverra un texte en écho à cette rencontre fulgurante. Une copie dactylographiée, avec la mention manuscrite «Remember the museum ?», se trouve dans les archives de la star.
Rodin : Amour et Psyché
Ne formant qu'un, tandis que leur respiration s'éteignait,
Leurs membres émanant d'une seule tige de flamme,
Embrasés par la lumière, par sa caresse à lui,
Au-delà de sa longue main défunte, par le temps.
La chaleur qui était liquide en leurs cuisses
S'est refroidie. Jadis leur râle
Retentissait sur un air de forêt.
À présent le silence coule à travers la pierre.
Pris dans le marbre blanc comme des phalènes,
D'un jeu si pur, si périlleux,
Jamais ils ne renaîtront, ni ne surgiront
De leur mythologie jusqu'à nous.
Ô comme ils dorment au sein de ce destin,
Pour supporter à jamais leur propre nudité,
Sourds aux colombes qui frappent aux fenêtres,
Aveugles à moi dans la lumière du musée.
Curieusement, La Main de Dieu de Rodin faisait partie des vingt-cinq bronzes de l'artiste français exposés par la galerie Acosta de Beverly Hills, mais c'est sur une autre sculpture que Marilyn portera son dévolu, en une vision simplifiée du couple.
Toujours pour sa maison de Brentwood, Marilyn avait acquis auprès de la Galeria Bryna, à Mexico City, en février 1962, trois huiles sur toile de Rogelio Hermosilla Rembrud, Olga Méndez et Nova Taylor, des noms dont on ne retrouve plus grandes traces aujourd'hui.
Pour autant, on ne peut dire de Marilyn qu'elle fut une collectionneuse d'art. Elle achetait simplement des oeuvres dès que l'occasion de les accrocher aux murs se présentait, à partir de son installation dans un appartement de la 57e Rue à New York, fin 1955. C'est à ce moment-là qu'elle acquiert, semble-t-il, une sérigraphie de Toulouse-Lautrec, et à coup sûr une sculpture intitulée Young Woman, de William Zorach (1887-1966), un artiste d'origine lituanienne établi à New York et bien représenté dans les fonds des musées américains.
(...)
Peu de temps après son arrivée à New York en 1955, Marilyn
Monroe se met à faire des dessins. Les voici réunis en un
volume qui permet de découvrir une autre facette de sa
personnalité et de son univers. Comme dans l'écriture, elle
veut exprimer ce qu'elle ressent dans l'instant, pour fixer une
expression ou un geste, arrêter l'insaisissable, avec une grande
sincérité et une troublante immédiateté. En complément, on
trouvera une série de photographies inédites réalisées par le
cinéaste Joshua Logan au soir du dernier jour de tournage de
Bus Stop. La star prend la pose devant quelques tableaux de
grands peintres, de Bonnard à Picasso en passant par Manet.
Un double trésor enfin révélé.