Enthousiasmé par son premier roman Génération X dont j'ai déjà parlé sur ce blog je me suis rué sur un second livre de Douglas Coupland: Girlfriend in a coma qui devait me permettre de découvrir une facette plus mélancolique et plus métaphysique de cet auteur tout en continuant de combler mon intérêt vis à vis de la GenX que j'affectionne particulièrement.
D'une certaine manière Girlfriend in a coma tient ses promesses et c'est pour cela que l'échec de l'écriture de ce roman me laisse un gout encore plus amer dans la bouche.
Le livre est découpé en trois parties très différentes les unes des autres. La première narrée par Richard, l'un des personnages du roman, nous parle d'un groupe de six amis adolescents qui se remettent à peine de la mort d'un de leur amis quand soudain c'est Karen la petite amie de Richard qui s'endort. Elle dormira pendant dix-sept ans. Pendant ce temps là les autres continuent de vivre leurs vies ou plutôt: ils la gâchent, certains sombre dans l'alcool ou la drogue, d'autre se plongent corps et âmes dans le travail, tous oublieront de réaliser leur rêve, tous ressentiront ce vide existentiel typique de la GenX et dont Coupland s'est fait l'un des témoins privilégiés.
Cette première partie est donc très bonne parce que même si elle ne raconte rien de nouveau, elle est dans la continuation de son travail sur GenX. Une sorte de "que sont-ils devenus?" nécessaire à l'auteur, lucide et sur un ton beaucoup plus mélancolique. A la manière d'un Bret Easton Ellis qui travaille sur cette même génération, Douglas Coupland fait toujours preuve de compassion vis à vis de ses personnages et ce même quand il se montre sévère avec eux. En revanche je ne comprend pas pourquoi ce nouveau groupe est formé d'archétype: le provocateur, l'intello, l'amoureux des ordinateurs et de la SF, la jolie fille, etc...Coupland m'avait habitué a des personnages plus fins.
J'ai eu d'autant plus de mal à m'attacher à eux que le roman les met très rapidement en retrait. La seconde partie nous conte le réveil de Karen, son constat du monde et surtout la fin du monde qu'on nous annonçait en début d'ouvrage. Une fin aussi métaphysique que poétique mais diamétralement opposé à la première partie du récit au point qu'elle m'est plus apparut comme un prétexte que comme un véritable ressort narrative. Non pas que mélanger les genres soit une mauvaise chose, au contraire Coupland a fait preuve de beaucoup d'audace mais il force les chose, impose sa volonté à son récit le rendant beaucoup plus impénétrable. Le fait que cette seconde partie soit raconté par un narrateur extérieur et omniscient ne joue pas non plus en faveur du roman puisqu'au lieu de se plonger d'avantage dans le récit afin de mieux apprécier les changements de tons et de genre, on est au contraire mis en retrait, comme si le roman ne parlait finalement plus qu'à lui même.
Vient alors une troisième partie encore plus obscure et qui m'a définitivement fait rompre avec le roman. La fin du monde est arrivée, il n'y a plus que notre petit groupe de personnage de vivants et tous attendent la fin du monde. C'est alors qu'intervient le fantôme de leur amis décédé: Jared, qu'on avait déjà aperçu dans l'introduction et qui fait ici office de narrateur mais aussi de personnage principal car tel un envoyé divin il revient accomplir quelques miracles et guider son groupe d'amis dans une relecture inversé de "It's a wonderful world". Je n'ai jamais rien lu d'aussi étrange et là encore ça aurait été un bon point pour Coupland si le tout n'avait pas été si maladroit et bancale. Le moraliste fin qu'il était se transforme en guide spirituel dont seul l'étérnel optimisme parvient à me séduire. Les personnages ne gagnent toujours pas en dimension et le sort réserver à Karen, la fameuse Girlfriend du titre, est aussi facile que prévisible. Mais le principal problème de cette dernière partie c'est bel et bien Jared le fantôme lui même: un personnage encore plus stéréotypé que tous les autres et dont les actes et commentaires sexués sont plus gratuit qu'autre chose.
Nul doute que Girlfriend in a coma est un roman à part mais je trouve que Coupland ne maîtrise pas son projet, qu'il tente de forcer les choses, de créer un hybride avec une telle insistance que l'ensemble m'apparaît finalement trop superficiel et trop fragile. C'est donc une immense décéption en ce qui me concerne pour un livre qui en empruntant le titre d'une chanson des Smiths s'était trouvé un nom et une histoire prometteuse.