« Giselle », le plus célèbre des ballets romantiques, créé en 1841, est un des plus anciens du répertoire. La chorégraphie originale de Perrot et Coralli ne s'est maintenue que dans la version modernisée par Petipa vers 1890. Même si l'esprit en est assez proche de la version originale, la signature brillante du grand chorégraphe transparaît en de nombreux endroits. Malgré tout, le vocabulaire chorégraphique reste volontairement un peu archaïque dans ce ballet-pantomime (ce que ne signifie nullement que cela soit plus facile à interpréter pour les danseurs !). Comme l'intrigue se limite à presque rien et que les seconds rôles ont peu de consistance, on pourrait presque dire qu'une représentation de « Giselle » vaut à peu près ce que vaut la principale interprète.
Et en cela, on est comblé. Zvetlana Zakharova, révélation des années 2000, aujourd'hui plus grande ballerine du monde, émerveille autant par sa technique sans faille que par son talent d'actrice. Avec sa célèbre scène de folie, « Giselle » est aux ballerines ce que « Lucia de Lamermoor » est pour les cantatrices : un Everest où l'on doit affronter les plus célèbres danseuses de l'histoire (Grisi, Pavlova...). Éblouissante autant dans la pantomime que dans la danse, Zakharova nous donne ici une interprétation insurpassable. Même quand elle ne danse pas, elle laisse le spectateur époustouflé.
Elle est secondée par Roberto Bolle, son partenaire habituel à la Scala, avec qui elle forme toujours un couple idéal. Le beau Roberto se montre très brillant, et il n'est pas donné au premier venu d'enchaîner trente-six entrechats six (à la fin de l'acte II, quand la reine des wilis lui ordonne de danser). Les décors et costumes sont très jolis, dans l'esprit du dix-neuvième siècle. Le corps de ballet est solide et homogène (comme la chorégraphie de l'acte II est plus simple que celle des actes « blancs » des grands ballets de Petipa, les vingt-quatre fantômes n'ont pas trop de mal à rester synchronisés). Enfin, tout est remarquablement bien filmé par la RAI, qui sait toujours filmer la danse en plan large et cadrer la pantomime en des plans plus serrés.
Ma seule petite réserve porte sur les seconds rôles (pas de de deux de l'acte I, Myrtha et les deux wilis solistes de l'acte II) qui ne proposent rien d'inoubliable. Il faut dire à leur décharge que l'on paraît forcément terne quand on doit danser à côté de Zakharova !